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Charon, passeur des Enfers

Nul n’entre aux Enfers sans payer son passage. Charon, le vieux nautonier qui fait traverser l’Achéron aux âmes des morts, n’épargne ni la jeunesse ni la beauté, et refuse impitoyablement ceux qui n’ont pas leur obole. Des vases athéniens à Dante, portrait d’une figure qui a traversé les siècles.

1Charon (Χάρων) est le passeur des Enfers : il a pour fonction de faire traverser l’Achéron (ou le Styx selon certaines légendes) aux âmes de tous ceux qui doivent entrer dans le royaume des morts, ce qui lui vaut d’être souvent désigné par les termes « nautonier » ou « nocher ».

Il partage avec Hermès le qualificatif de « psychopompe », « conducteur des âmes » en grec.

Exécuteur du destin qui régit la vie des humains, Charon n’épargne ni jeunesse, ni beauté, ni vaillance : pour pouvoir monter sur sa barque, chaque défunt doit acquitter son droit de passage, sous forme d’une obole (une pièce de monnaie grecque de faible valeur), d’où la coutume de placer une pièce dans la bouche des morts au moment des funérailles ; faute de quoi, leurs âmes seraient condamnées à errer sans trouver la paix.

Décor peint sur fond blanc montrant un homme ailé tendant la main vers un jeune homme, devant une barque où se tient un personnage coiffé d'un bonnet.
Hermès, reconnaissable à ses bottes ailées et à son caducée, conduit un jeune défunt vers la barque de Charon, qui porte l’exomis et le bonnet à bord étroit des travailleurs grecs. Lécythe attique à fond blanc, attribuée au Peintre de Sabouroff, vers 450 avant notre ère. New York, Metropolitan Museum of Art, 21.88.17.

Charon n’apparaît ni chez Homère ni chez Hésiode, mais c’est une figure très répandue dès le 6e siècle avant notre ère. aussi bien dans les croyances populaires que dans les arts. On le voit sur de nombreux vases funéraires athéniens la rame en main, le bonnet de marin sur la tête, prêt à recevoir dans son bateau les ombres des morts, qui l’attendent sur la rive du fleuve infernal. La littérature et le théâtre le présentent comme un vieillard barbu et morose, gourmandant les âmes pour les presser à faire la traversée, toujours impitoyable à l’égard de celles qui n’ont pas d’obole pour payer leur passage.

Un Charon étrusque, démon de la mort

Les Étrusques imaginaient Charon (Charun) comme un démon de la mort, proche d’Orcus, une sorte de bourreau hideux et grimaçant, armé d’un grand marteau pour assommer les mortels récalcitrants. Si son apparence générale reste humaine, il a les oreilles pointues du loup, des ailes, des ongles et un nez crochus, semblables aux serres et au bec d’un oiseau de proie ; sa bouche énorme est ouverte comme la gueule d’un animal dévorant ou rit d’un rire féroce.

Charon accompagne Mars sur les champs de bataille, où il assomme et tue les héros destinés à périr de mort violente. Il est aussi la sentinelle qui garde la porte des Enfers ou celle du tombeau, dans les nécropoles étrusques ; parfois le rouleau du destin remplace le maillet entre ses mains.

Ce qu’écrit Virgile :

Portitor has horrendus aquas et flumina servat
terribili squalore Charon…

Un batelier effrayant surveille ces eaux et ces fleuves,
couvert d’une saleté terrible à voir : c’est Charon…

Virgile, Énéide, livre VI, vers 298 – 299

De l’arène romaine à l’Enfer de Dante

Les jeux de l’amphithéâtre romain ont perpétué la vision macabre d’un Charon qui préfigure l’image du Diable dans les représentations chrétiennes de l’Enfer. En effet, après chaque combat de gladiateurs, des esclaves déguisés en Charon étrusque, maillet à la main, étaient chargés de vérifier que les vaincus étaient bien morts avant d’évacuer leurs corps en les tirant par des crochets hors de l’arène.

Charon est le premier personnage rencontré par Dante lorsqu’il découvre l’Enfer, guidé par Virgile.

Enluminure montrant deux hommes debout au bord d'un cours d'eau, face à une barque chargée de personnages nus.
Dante et Virgile au bord de l’Achéron, devant la barque de Charon où s’entassent les damnés. La Divine Comédie, manuscrit florentin du 15e siècle. Paris, BnF, Département des manuscrits, Italien 74, f. 9. Source : Gallica (BnF), via le portail Biblissima.

Caron dimonio, con occhi di bragia
loro accennando, tutte le raccoglie ;

batte col remo qualunque s’adagia.

Charon le démon aux yeux de braise
leur fait signe, les rassemble toutes [les âmes] ;

frappant de sa rame celles qui s’assoient.

La Divine comédie, 1321, cantique I, « Enfer », chant III, vers 109-111

  1. Publié initialement sur l’ancienne version du site Odysseum en 2019. ↩︎

Bibliographie & ressources

Récits antiques :

  • Apollodore, Bibliothèque, II, 5.
  • Dante, La Divine Comédie, L’Enfer, chant III et chant VI, 1321.
  • Homère, Odyssée, chant X, traduction d’Eugène Bareste, 1842.
  • Lucien de Samosate, Charon ou les contemplateurs.
  • Ovide, Métamorphoses, livre X.
  • Virgile, Énéide, chant VI.

Proposé par

  • Odysseum

    Articles, dossiers et ressources pédagogiques sur les langues et cultures de l'Antiquité, publiés depuis 2019 pour les enseignantes, les enseignants et leurs élèves.

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