Vidéo

D’un manuscrit normand à un crocodile médiéval : découvrir le portail Biblissima

En quatre minutes, Anne-Marie Turcan-Verkerk nous emmène en promenade dans le portail Biblissima. Au départ : la bibliothèque de l’abbaye de Fleury. À l’arrivée : un crocodile médiéval, croisé entre Avranches, Dijon et la collection de Jacques d’Armagnac. Une démonstration par l’exemple de ce que permet l’interopérabilité des sources.

Le portail Biblissima donne accès, depuis une seule interface, à plus de 812 000 pages numérisées de manuscrits, d’incunables et d’imprimés anciens, accompagnées de millions de données sur les textes, leurs auteurs et leurs possesseurs successifs.

Ces données ne sont pas produites par Biblissima : elles viennent des catalogues, des bibliothèques numériques et des bases bibliographiques de dizaines de partenaires en Europe et au-delà. Le travail du portail est de les mettre en relation, de faire en sorte qu’une même œuvre, un même manuscrit, un même érudit puissent être retrouvés quel que soit le point d’entrée choisi. C’est cette mise en relation qui rend possibles les promenades comme celle que déroule cette vidéo.

La démonstration part d’un nom : la bibliothèque de l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire. Le portail donne immédiatement la liste de tous les manuscrits qui ont appartenu à cette bibliothèque médiévale, aujourd’hui dispersés d’Amsterdam à la Vaticane, en passant par Avranches, Leyde, Orléans, Paris ou Poitiers.

Cette liste est elle-même issue du croisement d’une dizaine de ressources différentes : catalogues de bibliothèques, bases de données spécialisées, bibliographies en texte intégral.

En suivant un manuscrit qui a quitté Fleury pour le Mont-Saint-Michel, on accède à plusieurs numérisations comparables côte à côte, et à des datations parfois divergentes selon les partenaires. Le portail ne masque pas ces différences : il les conserve, parce qu’elles sont elles-mêmes une information sur l’état actuel de la recherche.

Le portail Biblissima n’est pas un outil qui produit des connaissances : c’est un outil qui permet de circuler entre des connaissances déjà produites par d’autres.

Sa « carte de vie » sur le portail permet de visualiser son parcours géographique, depuis son lieu de production jusqu’à sa conservation actuelle.

De là, on remonte vers les anciens possesseurs des manuscrits du Mont-Saint-Michel. Le portail permet alors de basculer sur la collection d’un érudit du 16ᵉ siècle, Claude Fauchet, dont les livres sont aujourd’hui dispersés entre Berne, Dijon, Leiden, Londres, Montpellier, Oxford, Paris, Stockholm et la Vaticane. C’est en explorant l’un de ces livres, un Roman de la Rose du 14ᵉ siècle conservé à Dijon, qu’apparaît un crocodile peint par un enlumineur qui n’en avait probablement jamais vu.

Enluminure médiévale représentant un animal allongé au corps écailleux, à mi-chemin entre le serpent et le dragon, sur fond bleu.
Un crocodile imaginé. Roman de la Rose, 14e siècle. Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, détail. Source : Bibliothèque municipale de Dijon, via le portail Biblissima.

La question peut paraître anecdotique : comment imaginait-on un crocodile au Moyen Âge ? Elle est en réalité une porte d’entrée vers l’iconographie médiévale, à laquelle le portail répond grâce au thésaurus iconographique de Biblissima, environ 25 000 termes qui permettent de chercher des motifs visuels à travers des bases de données qui, hors interopérabilité, ne se parleraient pas.

Une recherche d’images sur « crocodile » donne 59 résultats. En ne gardant que les plus anciens, on découvre que le manuscrit arabe 2782 de la BnF représente l’animal avec exactitude, son auteur le connaissait, tandis que les manuscrits français de la même époque l’imaginent de façon beaucoup plus libre, parfois à mi-chemin entre le serpent et le dragon.

En cliquant sur l’un de ces crocodiles, on apprend que le manuscrit qui le contient a été réalisé dans le Hainaut et a appartenu à la bibliothèque de Jacques d’Armagnac — duc de Nemours, exécuté en 1477, dont les livres ont fini par voyager jusqu’à New York. C’est reparti pour un autre tour des bibliothèques d’Europe.

Enluminure médiévale représentant un crocodile, dans un manuscrit du 13e siècle.
Le crocodile du manuscrit réalisé dans le Hainaut, qui appartint à Jacques d’Armagnac. Manuscrit français, 1285. Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. Français 412, f. 243. Source : Gallica (BnF), via le portail Biblissima.

Cette navigation par associations n’est pas un parcours préétabli, mais un usage parmi d’autres, possible parce que les données sont alignées en amont. Derrière chaque clic se trouve un travail patient d’identification : ressources cataloguées, autorités identifiées, manuscrits liés aux œuvres qu’ils contiennent et aux personnes qui les ont possédés. Le portail Biblissima n’est pas un outil qui produit des connaissances : c’est un outil qui permet de circuler entre des connaissances déjà produites par d’autres, et de voir ainsi des choses qu’on ne pouvait pas voir autrement, comme la dispersion d’une bibliothèque médiévale, le voyage d’un manuscrit, l’évolution d’une représentation iconographique.

Entrer par ce que vous cherchez

Le champ de recherche unique interroge tous les types de données du portail : une œuvre, une personne, un lieu, une cote, une enluminure. Chercher « Fleury » ou « Claude Fauchet » donne la liste des manuscrits rattachés, avec leur lieu de conservation actuel. Peu importe le point d’entrée choisi : les données étant alignées entre elles, on retombe toujours sur les mêmes objets.

Chercher une image plutôt qu’un texte

On peut chercher une enluminure sans connaître ni sa cote ni le manuscrit qui la contient, simplement à partir de ce qu’elle représente. C’est le rôle de recherche iconographique : chercher « crocodile » suffit à faire remonter les enluminures correspondantes, dans des manuscrits qu’on n’aurait pas pensé à rapprocher.

Suivre un manuscrit

Chaque manuscrit dispose d’une carte de vie qui retrace son parcours, de son lieu de production à sa conservation actuelle. De là, on peut rebondir vers ses anciens possesseurs, puis vers les autres livres qu’ils ont possédés. C’est ainsi que la vidéo passe de Fleury au Mont-Saint-Michel, puis à Jacques d’Armagnac.

Ressources

Proposé par

  • Biblissima

    Manuscrits voyageurs, bibliothèques disparues, trouvailles de la recherche : articles, entretiens et vidéos pour suivre les textes anciens à la trace, de main en main.

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