Long format

Les Muses, ou l’invention de la culture

De la muse qui inspire le poète aux neuf Muses qui, chacune dans sa spécialité, président aux Arts et aux Lettres, qui sont les Muses ? Quels sont leurs fonctions et leurs attributs ? Quelle est leur destinée artistique et littéraire à travers le temps ?

1Au début de l’Odyssée, Homère invoque la Muse qui lui chuchoterait les aventures d’Ulysse à l’oreille :

Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὃς μάλα πολλὰ πλάγχθη, ἐπεὶ Τροίης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσε ;


Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’homme aux mille ruses : celui qui, après avoir détruit la ville sacrée de Troie, erra de toutes parts. 

Homère, Odyssée, Chant I, V. 1-2

Qui sont donc ces Muses, traditionnellement au nombre de neuf, qui, associées à un genre littéraire ou artistique, en deviennent comme l’incarnation ?

Généalogie des Muses

Filles de Zeus et de la titanide Mnémosyne, « la mémoire », les Muses auraient été engendrées au terme de neuf nuits d’amour, au pied du mont Olympe. Telle est, à tout le moins, la tradition qui s’est imposée à la suite d’Hésiode.

C’est en Piérie qu’unie au Cronide, leur père, les enfanta
Mnémosyne, reine des coteaux d’Eleuthère, pour être
l’oubli des malheurs, la trêve aux soucis. A elle, neuf
nuits durant, s’unissait le prudent Zeus, monté, loin des
Immortels, dans sa couche sainte. Et quand vint la fin
d’une année et le retour des saisons, elle enfanta neuf
filles, aux cœurs pareils, qui n’ont en leur poitrine souci
que de chant et gardent leur âme libre de chagrin, près de
la plus haute cime de l’Olympe neigeux. Là sont leurs
chœurs brillants et leur belle demeure. Les Grâces et
Désir près d’elles ont leur séjour.

Hésiode, Théogonie, v. 53-67

Les neuf Muses sont donc nées en Piérie, en Macédoine. Elles fréquentent l’Olympe où demeure leur père (ibidem v.76), mais elles séjournent habituellement sur le mont Hélicon, en Béotie. Elles sont les compagnes d’Apollon et des Grâces avec lesquelles elles forment des chœurs. Couronnées de violettes, elles possèdent des voix sans pareilles et leurs chants sont si beaux qu’un jour le mont Hélicon s’enfla de plaisir au point d’atteindre le ciel. Le cheval Pégase, d’un coup de sabot, fit jaillir la source Hippocrène, dès lors consacrée aux Muses, et rendit ainsi à l’Hélicon sa forme première.
Ces chanteuses divines, porteuses de joie, font don aux hommes de l’inspiration poétique et de la connaissance. C’est Hésiode qui nous fait connaître leurs noms (ibidem v.77-79), sans que l’on sache s’il puise dans une tradition plus ancienne ou s’il en est l’inventeur.

Si cette tradition s’est imposée, d’autres sources viennent brouiller ce récit mythologique.
On fait parfois des Muses les filles d’Ouranos et de Gaïa. Plus rarement, elles sont filles d’Harmonie, elle-même fille d’Arès et d’Aphrodite, ce qui est en contradiction avec la légende qui les fait apparaître comme dansant aux noces d’Harmonie et Cadmos.

Pausanias, quant à lui, soutient qu’il y aurait eu deux générations de Muses, la première issue d’Ouranos et de Gaïa, la seconde de Zeus et Mnémosyne (Périégèse, 9, 29).

Les fils d’Aloeus pensaient que les Muses étaient au nombre de trois, et ils leur donnèrent les noms de Mélété (Soin, Concentration), Mnémé (Mémoire) et Aoidé (Chant). De fait, le très ancien sanctuaire de l’Hélicon en Béotie fait mention de ces trois Muses, qui correspondent à trois moments de l’acte de création poétique.

Pausanias attribue le passage de trois à neuf muses, ainsi que leur appellation, au Macédonien Pieros qui, s’étant rendu à Thespies, aurait établi le nombre de neuf Muses et leur aurait donné leur nom.

Fonctions et attributs

Les fonctions des neuf Muses se sont peu à peu identifiées à des genres littéraires ou artistiques dont elles deviennent en quelque sorte les patronnes.

MuseFonction et attributsIllustration2
Calliope / Kalliopê, « qui a une belle voix »Première des Muses, au rôle polyvalent. Muse de l’éloquence et de l’épopée. Livre et stylet.
Clio / Kleiô, « qui est célèbre »Originellement Muse de l’épopée, devenue Muse de l’histoire. Livre et tablette.
Érato / Eratô, « l’aimable »Muse de la poésie lyrique et du chant choral. Tambourin et lyre.
Euterpe / Euterpê, « la toute réjouissante »Muse de la danse au son de la flûte et de la poésie amoureuse. Flûte et cygne.
Melpomène / Melpoménè, « la chanteuse »Muse du chant et de la tragédie. Cor et masque tragique.
Polymnie / Polymnia, « celle qui dit de nombreux hymnes »Muse des chants nuptiaux, des chants funèbres et de la pantomime. Couronne et orgue.
Terpsichore / Terpsichorê, « la danseuse de charme »Muse de la danse et de la poésie légère. Couronne de guirlande.
Thalie / Thaleia, « la florissante, l’abondante »Muse de la comédie. Viole et masque comique.
Uranie / Ourania, « la céleste »Muse de l’astronomie. Compas et globe.

Puissance inspiratrice et création poétique

La Muse inspiratrice

Il est remarquable qu’Homère, quant à lui, use d’une désignation générique, au singulier « Muse » (Odyssée, Chant I,1), ou au pluriel, « les Muses » (Iliade, Chant II, 91). Il ne parle « des neuf Muses » qu’une seule fois, au chant XXIV de l’Odyssée (v. 60), dans un passage que le grammairien Aristarque de Samothrace, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, avait souligné et que l’édition Budé met entre crochets, n’excluant pas une interpolation tardive. S’il évoque la ou les Muses, c’est pour dire leur puissance d’inspiration.

Muses médiatrices

Dans son dialogue intitulé Ion, Platon affirme :

Chacun n’est capable de composer avec succès que dans le genre où il est poussé par la Muse.

Ion, 534c

Il décrit ainsi la chaîne qui va du dieu au spectateur ou à l’auditeur, en passant par la Muse, le poète, le rhapsode ou l’acteur. Les poètes sont les « interprètes des dieux » (534e). L’acte de création se pense comme un « mouvement de sortie de soi » pendant lequel le poète est comme « possédé, transi par le dieu ». Le poème est la trace d’un butinage au vallon des Muses (534b) comme l’abeille au hasard ramasse de quoi faire son miel. Il est le résultat d’une « trouvaille des Muses », « heurêma ti Moisân ».

Héritiers de Platon qui fait des Muses les médiatrices entre le dieu et le poète ou tout créateur intellectuel, les néo-platoniciens contribuent à perpétuer cette représentation des Muses comme celles qui hissent l’homme au monde de l’esprit, de la beauté et de l’immortalité. Elles apparaissent souvent dans l’art funéraire précisément dans ce rôle de passeur.

Les Muses dans la philosophie pythagoricienne

Le culte des Muses connaît un essor en Grande-Grèce dans les milieux pythagoriciens. Pour eux, les Muses sont moins liées à la création poétique qu’à un travail de mémoire « l’anamnèse » qui permet à l’individu d’échapper à la fuite du temps. Les Muses permettent à l’individu de remonter le cycle de ses existences antérieures et d’échapper ainsi à la précarité humaine pour accéder à une forme d’existence divine.

Par ailleurs, les Muses permettent d’accéder à un savoir sur le monde. La musique dont le nom vient des Muses est une porte vers la connaissance de la structure de l’univers. Elle ouvre sur l’arithmétique et l’astronomie en permettant à l’individu de percevoir l’harmonie des sphères.

L’art des Muses : aux racines de la culture

Un peu d’étymologie

Le mot grec Mousa, la Muse, dont l’origine reste obscure, a d’abord désigné « la parole chantée » « la parole rythmée ». Observer les dérivés de Mousa en grec ancien et s’intéresser aux termes français qui en découlent permet de mieux cerner ce qu’est « l’art des Muses ».

  • De Mousa dérive en effet Mousikê, qui désigne donc « l’art des Muses ». Or Mousikê est l’étymon sur lequel repose le mot « musique ». L’ « art des Muses » est intimement lié à la musique et désigne en effet, d’abord, l’art de chanter et de jouer des instruments.
  • De Mousa dérive également Mouseîon qui désigne d’une part un temple ou lieu consacré aux Muses, d’autre part, soit, dans l’espace public, une sorte d’université rassemblant les savants tel le Mouseîon d’Alexandrie, soit, dans le cadre privé, un lieu réservé aux entretiens philosophiques. Ainsi, plus largement, le domaine des Muses s’ouvre aux sciences, à la connaissance, à la culture.

Les arts libéraux

C’est au Mouseiôn d’Alexandrie que sont nés, à proximité de la Grande Bibliothèque :

  • la fixation de l’écriture grecque avec en particulier la séparation des mots et leur accentuation ;
  • les commentaires de l’œuvre d’Homère à partir desquels est née notre tradition grammaticale (Denys le Thrace pour les classes de mots, Apollonius Dyscole pour la syntaxe et la tradition d’argumentation grammaticale entre autres) ;
  • toute la science mathématique, astronomique, et géographique grecque, avec des savants fameux comme Eratosthène (276 à 194 avant notre ère) qui fut à la fois poète, astronome, géographe, philosophe et mathématicien.

Cette culture globale sera à la base des arts libéraux évoqués par Boèce, armature du cursus des universités médiévales. C’est ainsi qu’après avoir acquis grammaire, rhétorique en fréquentant les poètes, on étudie la logique, sommet du trivium, puis le quadrivium, où la musique couronne l’édifice constitué de l’arithmétique, de la géométrie et de l’astronomie.

Un motif littéraire ?

La conception de l’inspiration telle qu’elle s’exprime par la figure des Muses a nourri la littérature française, en positif ou en négatif.

  • La Pléiade, le Romantisme, le Surréalisme, comme la poésie contemporaine de la « fulguration » (Char, Deguy), reprennent cette idée que, sans altérité, il ne peut y avoir d’authentique création.
  • En revanche, le Classicisme de Boileau, le mouvement de l’Art pour l’Art ou l’éloge de l’effort chez Paul Valéry tendent à minimiser la part de l’inspiration et de la puissance divine dans l’acte de création.

De la Pléiade aux Lumières, les poètes français n’ont cessé d’invoquer la Muse. Tantôt source d’inspiration et gage d’immortalité, tantôt figure soumise aux règles de l’art, voire raillée. Le florilège proposé, de Du Bellay à Claudel, suit le motif au fil des siècles et de ses déplacements de sens.

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir, sous la nuit brune,
Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté,
Dessus le vert tapis d’un rivage écarté,
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558, sonnet VI.

L’honneur nourrit les arts, et la Muse demande
Le théâtre du peuple et la faveur des rois.

Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558, sonnet VII.

Je suis né pour la Muse, on me fait ménager.

Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558, sonnet XXXIX.

En toi habite désormais
Des Muses le collège,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège.

Pierre de Ronsard, « À la Fontaine de Gastine », Odes, 1550-1556.

Tu vivras dans les bois pour la Muse et pour toi.

Pierre de Ronsard, « De l’Automne », Hymnes, 1555-1556.

Et rendre par leurs vers leur muse maquerelle.

Et le corps ne se paît aux banquets de la muse.

Mathurin Régnier, « Satire III », Œuvres complètes, 1853.

Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle.

Mathurin Régnier, « Satire IV », Œuvres complètes, 1853.

Par les Muses seulement
L’homme est exempt de la Parque ;
Et ce qui porte leur marque
Demeure éternellement.

François de Malherbe, « Poésie XXI », Œuvres complètes, 1862.

Muses, quand finira cette longue remise
De contenter Gaston, et d’écrire de lui ?

François de Malherbe, « Poésie XC », Œuvres complètes, 1862.

Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence :
D’un mot mis à sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la Muse aux règles du devoir.

Nicolas Boileau-Despréaux, Art poétique, 1674, chant I.

Et si d’une muse féconde
Les vers aimables et polis
Sauvent une âme en l’autre monde,
Il ira droit en paradis.

Voltaire, « Épître à Monsieur le duc de Sully », sur l’abbé de Chaulieu.

Virgile le premier, mon idole et mon maître,
Virgile s’avança d’un air égal et doux ;
Les échos répondaient à sa muse champêtre,
L’air, la terre et les cieux en étaient embellis.

Voltaire, « Épître à Madame du Châtelet », Œuvres complètes, 1877.

Ma muse aux durs glaçons ne livre point ses pas ;
Délicate, elle tremble à l’aspect des frimas […]

André Chénier, « Élégie première », Élégies, 1819.

Ô sons, ô douces voix chères à mon oreille,
Ô mes Muses, c’est vous. Vous, mon premier amour,
Vous, qui m’avez aimé dès que j’ai vu le jour […]

André Chénier, « Élégie IV », Élégies, 1819.

Muse, contemple ta victime !

Alphonse de Lamartine, « L’Enthousiasme », Méditations poétiques, 1820.

La Muse a mérité les insolents sourires
Et les soupçons moqueurs qu’éveille son aspect.
Dès que son œil chercha le regard des satyres,
Sa parole trembla, son serment fut suspect,
Il lui fut interdit d’enseigner la sagesse,
Au passant du chemin elle criait : « Largesse ! »
Le passant lui donna sans crainte et sans respect.

Alfred de Vigny, « La Maison du berger », Les Destinées, 1844.

LA MUSE
Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser,
Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth et me donne un baiser.

Alfred de Musset, « La Nuit de mai », Les Nuits, 1835.

LA MUSE
L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.
C’est une dure loi, mais une loi suprême,
Vieille comme le monde et la fatalité,
Qu’il nous faut du malheur recevoir le baptême,
Et qu’à ce triste prix tout doit être acheté.

Alfred de Musset, « La Nuit d’octobre », Les Nuits, 1835.

Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.

Victor Hugo, Les Feuilles d’automne, 1831, XL.

Muse Indignation, viens, dressons maintenant,
Dressons sur cet empire heureux et rayonnant,
Et sur cette victoire au tonnerre échappée,
Assez de piloris pour faire une épopée !

Victor Hugo, « Nox », Châtiments, 1853.

Ah ! quelqu’un parlera. La muse, c’est l’histoire.
Quelqu’un élèvera la voix dans la nuit noire.
Riez, bourreaux bouffons !
Quelqu’un te vengera, pauvre France abattue,
Ma mère : et l’on verra la parole qui tue
Sortir des cieux profonds !

Victor Hugo, « Joyeuse vie », Châtiments, 1853.

Vous me criez : Comment, monsieur ! qu’est-ce que c’est ?
La stance va nu-pieds ! le drame est sans corset !
La muse jette au vent sa robe d’innocence !
Et l’art crève la règle, et dit : C’est la croissance !

Victor Hugo, Les Contemplations, 1856, « Aurore ».

Ô Muses, volupté des hommes et des dieux,
Vous qui charmez d’Hellas les bois mélodieux,
Vierges aux lyres d’or, vierges ceintes d’acanthes,
Des sages vénérés nourrices éloquentes,
Muses, je vous implore !

Leconte de Lisle, « Démodoce », Poèmes antiques, 1852.

Les Muses, à pas lents, mendiantes divines,
S’en vont par les cités en proie au rire amer.

Leconte de Lisle, « Dies irae », Poèmes antiques, 1852.

Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.

Charles Baudelaire, « La Muse malade », Les Fleurs du mal, 1857.

Ô muse de mon cœur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Charles Baudelaire, « La Muse vénale », Les Fleurs du mal, 1857.

… sa chère, sa délicieuse, son exécrable femme, son inévitable et impitoyable Muse…

Charles Baudelaire, « Le Galant Tireur », Petits poèmes en prose, 1869.

Arrière la muse académique ! Je n’ai que faire de cette vieille bégueule. J’invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu’elle m’aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d’un œil fraternel.

Charles Baudelaire, « Les Bons Chiens », Petits poèmes en prose, 1869.

Ô muse ! qui naguère et tout petit enfant
M’as choisi pour les vers et pour le chant lyrique !

Théodore de Banville, « Érato », Les Cariatides, 1841.

Je jure, cher maître, d’adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté.

Arthur Rimbaud, lettre à Théodore de Banville, 24 mai 1870.

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Arthur Rimbaud, « Ma Bohême », 1870, Cahier de Douai.

Mais vous m’étiez jadis, Muses, comme une forte
Liqueur riche en chaleurs,
Et mon âme à présent n’est qu’une belle morte
Gisante dans vos fleurs.

Jean Moréas, Les Stances, quatrième livre, XVI.

Ô mon âme ! le poème n’est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier.
Ô mon âme ! il ne faut concerter aucun plan ! ô mon âme sauvage, il faut nous tenir libres et prêts,
Comme les immenses bandes fragiles d’hirondelles quand sans voix retentit l’appel automnal !
Ô mon âme impatiente, pareille à l’aigle sans art ! comment ferions-nous pour ajuster aucun vers ? à l’aigle qui ne sait pas faire son nid même ?
Que mon vers ne soit rien d’esclave ! mais tel que l’aigle marin qui s’est jeté sur un grand poisson,
Et l’on ne voit rien qu’un éclatant tourbillon d’ailes et l’éclaboussement de l’écume !
Mais vous ne m’abandonnerez point, ô Muses modératrices.

Paul Claudel, Cinq Grandes Odes, 1908.

  1. Publié initialement sur l’ancienne version du site Odysseum en 2019, réédité et augmenté par Marie-Anne Brun Bernolle en 2026. ↩︎
  2. Les détails qui accompagnent ce tableau proviennent tous du sarcophage des Muses. Marbre, première moitié du 2e siècle de notre ère, découvert sur la via Ostiense. Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Photographies Jastrow, via Wikimedia Commons. ↩︎

Bibliographie & ressources

Sources antiques :

  • Hésiode, Théogonie, vers 1-103.
  • Homère, Iliade, chant II, et Odyssée, chants I et XXIV.
  • Pausanias, Périégèse, IX, 29.
  • Platon, Ion, 534b-534e.

Références bibliographiques :

  • Boyancé P., Le Culte des Muses chez les philosophes grecs, Paris, 1936, deuxième édition 1972.
  • Carlier J., « Muses et Mnémosyne », dans Bonnefoy Y. (dir.), Dictionnaire des mythologies, Paris, Flammarion, 1981, volume II, p. 137.
  • Collognat A., Au bonheur des dieux. Petit dictionnaire de mythologie grecque, Omnibus, Bibliomnibus, 2015.
  • Grimal P., Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1969.

Éditions du florilège :

  • Du Bellay J., Les Regrets, édition critique de Henri Chamard, Société des textes français modernes, volume II, Paris, 1910.
  • Ronsard P. de, Œuvres complètes, tome 6, édition de Prosper Blanchemain, Paris, P. Jannet, 1857.
  • Régnier M., Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1853.
  • Malherbe F. de, Œuvres complètes, tome premier, Paris, L. Hachette, 1862.
  • Voltaire, Œuvres complètes, tome X, Paris, Garnier, 1877.
  • Chénier A. de, Œuvres complètes, édition de Henri de Latouche, Paris, Baudoin frères, 1819.
  • Vigny A. de, Œuvres complètes II, Paris, A. Lemerre, 1883.
  • Hugo V., Œuvres, Paris, J. Hetzel et A. Quantin, 1882.
  • Leconte de Lisle C.-M., Poèmes antiques, Paris, M. Ducloux, 1852.
  • Banville T. de, Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891.
  • Moréas J., Les Stances, Paris, Mercure de France, 1920.
  • Claudel P., Cinq Grandes Odes suivies du Processionnal pour saluer le siècle nouveau, texte présenté par Marius-François Guyard, Éditions de l’Imprimerie nationale.

Iconographie : 

Proposé par

  • Odysseum

    Articles, dossiers et ressources pédagogiques sur les langues et cultures de l'Antiquité, publiés depuis 2019 pour les enseignantes, les enseignants et leurs élèves.

Que voudriez-vous lire sur Odysseum ?

Un sujet, une ressource qui vous manque, un texte que vous aimeriez voir expliqué : écrivez-nous.