
1L’histoire grecque peut se diviser en cinq grandes époques qui ont vu apparaître plusieurs civilisations successives :
- Les civilisations cycladique, minoenne et ionienne : de 2200 à 1600
- La civilisation helladique constituée des civilisations mycénienne et dorienne : de 1600 à 800
- L’époque archaïque : de 800 à 500
- L’époque classique : de 500 à 323
- L’époque hellénistique : de 323 à 31
Ces grandes dates sont approximatives dans la mesure où elles couvrent des périodes très amples et où les témoignages les plus anciens sont peu nombreux. Cet article ne concerne que les trois premières grandes époques. Les époques classique et hellénistique font l’objet d’un second article.
Les deux bornes de la chronologie grecque sont marquées par :
- Le passage de la Préhistoire (Néolithique), au 7e millénaire avant notre ère – moment où les populations commencent à se sédentariser – à l’Histoire, au 3e millénaire avant notre ère, où se développe la métallurgie du bronze.
- La conquête de la Grèce par l’Empire romain, à partir de 146 avant notre ère, et plus particulièrement à partir de 31 avant notre ère, sous le règne d’Octave, le futur empereur Auguste.
Les sources que nous possédons pour retracer l’histoire grecque sont multiples mais certaines sont à relativiser :
- Les textes des « historiens » (notion qui a évolué, comme le souligne le point d’étymologie) grecs tels que ceux d’Hérodote (v. 484-425 avant notre ère), Thucydide (v. 465-v.395 avant notre ère), Xénophon (v. 430-v.355 avant notre ère), Polybe (v. 200-v.120 avant notre ère), Diodore de Sicile (v. 90-v.20 avant notre ère), Plutarque (v. 45-125 de notre ère), pour ne citer que les plus connus. En recoupant leurs témoignages, nous pouvons approcher la vérité historique.
- Les fouilles archéologiques qui sont les témoignages les plus précieux car les plus fiables.
Les temps « héroïques » ou la mise en place du peuplement grec : de 3000 à 800 avant notre ère
À partir du troisième millénaire avant notre ère, se développe la civilisation grecque. À cette époque, les légendes se confondent souvent avec la réalité historique. Cette période est appelée par les Grecs eux-mêmes le « temps des héros ».
La civilisation grecque prend vie :
- D’abord sur les îles :
- De 3200 à 2200 : les Indo-européens, sans doute venus d’Anatolie (Turquie actuelle) par le Nord, auraient colonisé la Béotie, puis les Cyclades et Chypre.
- De 2100 à 1600 : la civilisation minoenne, ou crétoise, doit son nom au roi légendaire Minos, qui rivalisait alors de puissance avec Athènes. C’est une civilisation raffinée qui construit des palais royaux à l’architecture complexe et produit de nombreuses œuvres d’art. C’est un peuple de marins qui exerce une importante activité commerciale. En Crète, ils développent un premier système d’écriture, similaire à des hiéroglyphes, le linéaire A.
- Puis sur le continent : en effet, en parallèle, de 1900 à 1600, d’autres peuples (des Ioniens probablement) arrivent en Grèce et fondent la civilisation helladique implantée en Grèce continentale Sud. Elle développe l’urbanisme, l’agriculture, la métallurgie, les échanges, et constitue, en relation avec la population préexistante et avec les habitants des îles, une civilisation florissante.
De 1600 à 1200, se développe la civilisation mycénienne dans le Péloponnèse. Tirynthe, Pylos et surtout Mycènes, associée à la royauté mythique d’Agamemnon, sont fondées. Cette civilisation maîtrise la production du bronze ; elle est tout à la fois guerrière, paysanne et commerçante. Hautement organisée, très hiérarchisée, elle possède une bureaucratie dont les « archives » sont en partie conservées : ce sont des tablettes d’argile, rédigées dans une langue grecque en utilisant une écriture syllabique, nommée le linéaire B, qui contient déjà les caractéristiques de la langue grecque.
De 1200 à 800, se déroule une période assez mal connue, appelée les « siècles obscurs » où dominent les Doriens, implantés dans le Péloponnèse. La Crète est probablement conquise ; les palais mycéniens disparaissent : Séïsme ? Révolte ? Invasion des « peuples de la mer » ? Les causes restent incertaines, même si on a longtemps imputé, à tort vraisemblablement, aux Doriens la disparition de la civilisation mycénienne. Il s’agit, en tout cas, d’une période de déclin. Des mouvements de population ont lieu à l’intérieur du monde grec, où le niveau d’organisation politique et économique reste longtemps réduit dans la plupart des régions. L’écriture disparaît quasiment, ainsi que la plupart des formes d’expressions artistiques. Nous ne connaissons cette période que par la documentation archéologique, par l’étude des dialectes grecs, reflets des groupes de population, et par des éléments des poèmes homériques, l’Iliade et l’Odyssée, dont l’élaboration orale commence alors et relate des faits mythiques datant du 12e siècle avant notre ère (guerre de Troie, retour d’Ulysse…) Une innovation importante est toutefois attribuée aux Doriens : la métallurgie du fer.
Les temps « historiques » ou l’apparition des cités-états : de 800 à 500 avant notre ère
De 800 à 480, la période archaïque constitue une véritable renaissance, attestée par l’archéologie. C’est pourquoi on parle de temps « historiques ».
Dès 800 avant notre ère, l’écriture réapparaît en Grèce sous la forme d’une adaptation de l’alphabet phénicien : il n’y a donc pas continuité avec le système syllabique des Mycéniens (linéaire B), disparu alors depuis près de quatre siècles.
La population augmente et s’organise en πόλις (polis), cité-état, collectivité organisée politiquement. Il s’agit quelquefois de régimes « tyranniques » (ou monarchiques) comme ceux de Sparte ou d’Athènes. Le pouvoir peut aussi être détenu par un groupe restreint d’individus (aristocratie ou oligarchie).
Les premiers Jeux Olympiques sont créés en 776 et permettent de fédérer les cités. Ils jouent un rôle capital sur le plan politique, social et économique.
L’art renaît, en particulier celui de la poterie. On voit apparaître aussi les premières œuvres littéraires avec de grands poètes comme Homère et Hésiode au 8e siècle, Sappho au 7e siècle, de grands savants au 6e siècle comme Thalès et Pythagore en mathématiques, Anaximandre et Hécatée en géographie, Héraclite en philosophie. Beaucoup de ces personnages célèbres sont originaires de Milet, grande capitale intellectuelle du 6e siècle, située sur la côte ionienne.
Le commerce vers le Proche-Orient, puis vers l’Italie, s’intensifie et conduit à l’installation de comptoirs commerciaux autour de la Méditerranée.
C’est aussi le début de la colonisation, liée aux troubles sociaux. Qu’ils soient des pauvres, chassés par la misère ou l’oppression des plus puissants, qu’ils soient des cadets, privés de biens par leurs aînés, ou qu’ils soient des jeunes poussés par l’esprit d’aventure, de nombreux Grecs quittent leur cité-mère et vont fonder des colonies sur le pourtour méditerranéen : dans le Nord de la mer Égée, sur les bords de la mer Noire, en Sicile (Taormine notamment), en Italie du Sud, ou sur les côtes des actuelles Espagne et France (Marseille, Nice, Antibes par exemple). Le monde grec est un ensemble de cités unies par une langue, une religion et des mœurs largement identiques. Les différences de dialectes, de cultes, d’usages n’empêchent pas la communication et le sentiment d’appartenance à une civilisation commune. En revanche, les Grecs appellent « Barbares » ceux qui ne parlent pas grec car ce mot transcrit par onomatopée les sons incompréhensibles prononcés par ceux qui ne connaissent pas leur langue.
Cependant ces cités ne sont pas unies, voire en conflits fréquents. Les troubles sociaux se développent, opposant souvent de grands propriétaires fonciers à des petits paysans. Certaines cités choisissent de régler les crises en faisant appel à un arbitre et en se dotant de lois écrites. C’est le but des réformes de Solon, en 594 avant notre ère, à Athènes, qui sont le fondement de la démocratie athénienne. Cependant, la marche vers la démocratie est lente et sinueuse : de 560 à 528, c’est le tyran Pisistrate qui est au pouvoir, puis ce sont ses fils, Hipparque (528-514) et Hippias (514-510), qui prennent son relais. En 510, c’est la chute de la tyrannie car Clisthène fonde la démocratie athénienne.
Ce qu’en dit Apollodore :
Αὖθις δὲ Ἑλένην Ἀλέξανδρος ἁρπάζει, ὥς τινες λέγουσι κατὰ βούλησιν Διός, ἵνα Εὐρώπης καὶ Ἀσίας εἰς πόλεμον ἐλθούσης ἡ θυγάτηρ αὐτοῦ ἔνδοξος γένηται, ἢ καθάπερ εἶπον ἄλλοι ὅπως τὸ τῶν ἡμιθέων γένος ἀρθῇ. Διὰ δὴ τούτων μίαν αἰτίαν μῆλον περὶ κάλλους Ἔρις ἐμβάλλει Ἥρᾳ καὶ Ἀθηνᾷ καὶ Ἀφροδίτῃ, καὶ κελεύει Ζεὺς Ἑρμῆν εἰς Ἴδην πρὸς Ἀλέξανδρον ἄγειν, ἵνα ὑπ’ ἐκείνου διακριθῶσι. αἱ δὲ ἐπαγγέλλονται δῶρα δώσειν Ἀλεξάνδρῳ, Ἥρα μὲν πασῶν προκριθεῖσα βασιλείαν πάντων, Ἀθηνᾶ δὲ πολέμου νίκην, Ἀφροδίτη δὲ γάμον Ἑλένης. ὁ δὲ Ἀφροδίτην προκρίνει καὶ πηξαμένου Φερέκλου ναῦς εἰς Σπάρτην ἐκπλέει. ἐφ’ ἡμέρας δ’ ἐννέα ξενισθεὶς παρὰ Μενελάῳ, τῇ δεκάτῃ πορευθέντος εἰς Κρήτην ἐκείνου κηδεῦσαι τὸν μητροπάτορα Κατρέα, πείθει τὴν Ἑλένην ἀπαγαγεῖν σὺν ἑαυτῷ. ἡ δὲ ἐνναέτη Ἑρμιόνην καταλιποῦσα, ἐνθεμένη τὰ πλεῖστα τῶν χρημάτων, ἀνάγεται τῆς νυκτὸς σὺν αὐτῷ.
Mais plus tard Alexandre enleva Hélène, à l’instigation de Zeus, dit-on : de cette manière, sa fille deviendrait célèbre, pour avoir déclenché une guerre entre l’Europe et l’Asie. D’autres, toutefois, soutiennent que Zeus cherchait ainsi à glorifier la race des demi-dieux. Quoi qu’il en soit, Éris lança une pomme, prix de la plus belle, et invita Héra, Athéna et Aphrodite à entrer en compétition. Zeus ordonna à Hermès de la porter à Alexandre, sur le mont Ida, pour qu’il soit leur juge. Toutes promirent à Alexandre des dons. Héra lui offrit, s’il lui accordait la victoire, la souveraineté sur tous les hommes ; Athéna lui promit la victoire à la guerre ; et Aphrodite l’amour d’Hélène. Il choisit Aphrodite. Sur des navires construits par Phéréclos, Alexandre partit pour Sparte. Le jeune homme resta l’hôte de Ménélas pendant neuf jours ; mais le dixième, le roi dut partir pour la Crète, afin d’assister aux funérailles de son grand-père, Catrée ; Alexandre persuada Hélène de s’enfuir avec lui. Hélène abandonna sa petite fille, Hermione, âgée de neuf ans ; elle emporta tous les biens qu’elle put et, de nuit, elle s’enfuit avec Alexandre.
Épitomè, Apollodore, III, 1-3, traduction de J. G. Frazer Loeb.
Le mot « histoire » est issu du grec ἱστορία (historia) et signifie « recherche, information », « résultat d’une information, connaissance », d’où « récit ». L’Histoire est donc une véritable enquête, au sens scientifique, dont l’objectif doit être la vérité. Il est cependant utile de préciser que la notion d’Histoire a énormément évolué depuis l’Antiquité puisque les auteurs que nous avons cités s’appuient tous, plus ou moins, sur des anecdotes, des faits rapportés pour présenter leur vision, souvent subjective, de l’Histoire. Dresser une chronologie de l’Histoire grecque revient donc à croiser les sources, en s’appuyant tout particulièrement sur l’archéologie, pour s’approcher au plus près de la réalité historique.
Le mot « grec » est emprunté vers 1165 au latin classique Graecus (grec), lui-même issu du Grec γραικός (graïkos). Ce terme est cependant très rare dans la littérature grecque où le mot courant est Ἕλληνες (Hellènes), issu lui-même du nom propre Ἕλλην (Hellène), fils de Deucalion, considéré comme le père des Hellènes. C’est sans doute un mot étranger (peut-être illyrien) passé très tôt en latin par l’intermédiaire de l’Étrusque. Le terme « grec » renvoie donc à une vision « latine » du peuple hellène. De plus, le peuple grec est composé d’une mosaïque d’autres peuples ; c’est donc un mot à manier avec précaution.
- Contenu publié initialement sur l’ancienne version du site Odysseum en 2021. ↩︎









