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L’ambre dans l’Empire romain : Pline, la Baltique et la route du succin

Depuis le Paléolithique, les hommes et les femmes ont découvert l’existence d’une matière curieuse, à laquelle ils ont accordé des pouvoirs magiques : l’ambre, ce solide translucide qui ne se dégrade point, flotte sur l’eau de mer, fond sur le feu, et attire les autres solides une fois frotté.

Les longues chaînes de diffusion de cette mystérieuse matière ont fait naître des mythes sur ses origines du bout du monde. Avec l’expansion de l’Empire romain, certains auteurs latins, comme Pline l’Ancien, ont essayé de donner des explications rationnelles pour la matière comme pour son acheminement sur les rivages de la Méditerranée.

Anne Vial-Logeay a choisi et traduit un extrait du livre 37 de l’Histoire naturelle, le dernier. Pline y explique que le succin exsude de la moelle d’une espèce de pin, comme la gomme des cerisiers, qu’il se solidifie au froid, que la houle l’arrache aux îles et le roule jusqu’aux rivages sans qu’il coule. Il note aussi que les paysannes transpadanes en portent au cou, en collier et comme remède contre les maux de gorge.

Ce passage est inhabituellement long chez lui. Comme si Pline, parvenu au terme de son œuvre, tenait à tout livrer. Or c’est souvent notre unique source, ce qui explique que tout le monde s’y précipite. Les archéologues eux-mêmes s’appuient sur lui pour établir le commerce de l’ambre baltique vers la Méditerranée, y compris pour des découvertes antérieures de trente mille ans.


Parfois on revient en arrière. La connaissance n’est pas acquise.

Anne Vial-Logeay

L’épisode suit ensuite la route. La table de Peutinger, copie médiévale d’une carte romaine, montre que le tronçon reliant Carnuntum, sur le Danube, à Aquilée, sur l’Adriatique, était devenu voie romaine au 1er siècle. Pline actualise donc un savoir. Il tait en revanche ce qu’il doit à Néron, qu’il déteste : c’est l’empereur qui avait commandité l’expédition, par goût du luxe, pour orner l’amphithéâtre d’objets d’ambre renouvelés chaque jour.

Restent les mythes, qu’il compile sans y croire. Les Héliades pleurant Phaéton, changées en peupliers, dont les larmes durcissent au bord de l’Éridan. Et les sœurs de Méléagre, changées en pintades par Artémis. Ce que Pline reproche à Sophocle, précise Anne Vial-Logeay, ce n’est pas le mythe : c’est la géographie fausse qu’il véhicule.

Invitée : Anne Vial-Logeay, maîtresse de conférences en langue, littérature et civilisation latines à l’Université de Rouen, conseillère scientifique au Hcéres.

Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.

Responsable scientifique : Anca Dan.

Série réalisée avec le soutien de l’École universitaire de recherche Translitteræ.

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