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L’art de la navigation dans l’Antiquité : l’inscription d’Épiphania, femme marin

Quand il s’agit de comprendre comment ces flots ont été lentement apprivoisés par les Anciens, nous nous contentons souvent d’une vision enchantée de la navigation, celle des mythes et des légendes homériques. Cet épisode part d’une inscription : celle d’une femme qui dit avoir navigué sur la mer entière.

Fidèle à la méthode des Humanités dans le texte, cet épisode déchiffre une inscription. Celle-ci est exceptionnelle puisqu’elle a été retrouvée sur un autel funéraire de la ville antique de Tomis, aujourd’hui Constanța en Roumanie, sur les rives de la mer Noire, et rend hommage à une femme marin du nom d’Épiphania.

Autel funéraire en calcaire, photographié sur fond noir : un bloc rectangulaire à corniche moulurée, dont la face principale est entièrement couverte d'une inscription grecque gravée.  https://clasate.cimec.ro/Detaliu.asp?k=12DDD42681DD40648195B4E40888903D
L’autel élevé par Hermogenès pour son épouse Épiphania. Calcaire gravé, Tomis, 3e siècle. Constanța, Musée d’histoire nationale et d’archéologie, inv. 16813. Source : Institut national du patrimoine, CC BY-SA 4.0.

L’objet n’est pas une simple pierre tombale. C’est un autel, percé d’un canal qui relie la surface des libations aux restes du défunt : on y versait du vin et des aliments. Aux yeux des Anciens, ces gestes rendaient un semblant de vie aux morts. La lecture aussi. Le texte s’adresse à qui passe, et le passant qui le déchiffre accomplit sa part du rite.

Épiphania y prend la parole à la première personne. Née d’une mère athénienne et d’un père d’Hermione, elle dit avoir vu de nombreuses terres, avoir enseveli de ses propres mains son père et son mari, tous deux nauclères, avoir donné aux amis dans le besoin, en femme envers d’autres femmes. Pascal Arnaud est tombé sur ce texte par hasard, il y a quatre ans, en dressant la liste des nauclères de Méditerranée à l’époque impériale.

J’ai vu de nombreuses terres et navigué sur la mer entière.

Épiphania

Il explique d’abord pourquoi deux mots grecs sont restés dans sa traduction. Nauclère, parce qu’aucun métier moderne n’y correspond : celui qui tire les revenus de l’exploitation d’un navire, sans en être toujours ni le propriétaire ni le commandant. Et sophia, parce que « sagesse » trahit le sens. Il ne s’agit pas d’un idéal moral mais d’une connaissance organisée, sommet de la pyramide des savoirs, but ultime de la philosophia.

Suit une traversée technique. Deux modèles de navires, le gros bateau rond à voile et la galère de commerce, avec leurs équipages, leurs coûts et leurs nuits, à bord pour les uns, sur la plage pour les autres. Puis l’orientation sans boussole, sans astrolabe et sans moyen de mesurer une distance : la Grande Ourse, l’angle tenu avec un vent constant, et le plomb de sonde qui remonte un échantillon du fond.

Ce savoir n’était consigné nulle part. Les Anciens comparaient le pilote au médecin : il pose un diagnostic, et il sauve des vies en amenant hommes et marchandises à bon port. Quand ils parlent d’un pilote qui aurait appris dans les livres, c’est pour dire que cela n’existe pas.

Invité : Pascal Arnaud, historien et navigateur, professeur émérite à l’Université Lyon 2, membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France.

Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.

Responsable scientifique : Anca Dan.

Série réalisée avec le soutien de l’École universitaire de recherche Translitteræ.

Proposé par

  • Humanités dans le texte

    Des modules pédagogiques multimédia (textes, images, podcasts et vidéos) pour lire, traduire et interpréter les textes en langues anciennes, du collège au supérieur.

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