Séjan convoite une fonction plus haute et il tâche, par séduction et par intrigues, d’entrer dans la famille impériale afin de devenir un prétendant légitime au pouvoir suprême. En s’apercevant de ce stratagème, Tibère organise un complot contre l’homme à son service, et implique les plus hauts magistrats de l’Empire. Séjan est pris, jugé et destitué, et fait l’objet d’une condamnation à l’oubli, la damnatio memoriae.
Marie Platon, qui a traduit ce passage dans sa thèse, raconte le piège : une séance de nuit au Sénat, la promesse de la puissance tribunicienne, l’escorte armée congédiée à la porte de la curie, et une longue lettre de Tibère lue par les consuls. Chloé Damay montre ensuite comment on efface un homme : une monnaie d’Espagne dont le nom a été buriné et qui a continué de circuler, des statues de bronze refondues en poêles à frire, des portraits balafrés ou retaillés au profit d’un autre.
Ils ne retournent pas leur veste mais leur toge.
Marie Platon
Mathilde Larrère, spécialiste des mouvements révolutionnaires, élargit enfin la question : George III renversé par les patriotes américains en 1775, les Napoléon jetés au fleuve en 1870, les tsars en 1917, mais aussi Napoléon martelant les bonnets phrygiens des Tuileries. Le déboulonnage n’appartient à aucun camp. Et l’historienne, dit-elle, doit faire exactement l’inverse de Cassius Dion : elle ne doit pas juger.
Alors, il doit faire exactement l’inverse de Dioncasius. C’est-à-dire qu’il ne doit pas juger.
Mathilde Larrère
Invitées :
- Marie Platon, professeure agrégée au lycée Saint-Sernin de Toulouse, docteure en études grecques, Université Toulouse 2 Jean Jaurès.
- Chloé Damay, doctorante en archéologie romaine à Sorbonne Université et à l’Université Rennes 2, affiliée au CReAAH.
- Mathilde Larrère, maîtresse de conférences en histoire à l’Université Gustave Eiffel, chercheuse affiliée au CFR-ACP.
Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.
Responsable scientifique : Anca Dan.
Série réalisée avec le soutien de l’École universitaire de recherche Translitteræ.








