Le podcast Humanités dans le texte consacre deux épisodes aux Saturnales de Macrobe, un texte mettant en scène un banquet fictif. Ces deux épisodes prolongent le module consacré à ce texte, dont ils reprennent les questions, et se comprennent au mieux avec la ressource pédagogique et la vidéo qui les accompagnent.
Le texte de Macrobe est l’occasion de saisir des mutations profondes qui traversent l’Empire romain aux confins du 4e et du 5e siècle : le paganisme fait place au christianisme, l’Empire romain fait face aux attaques barbares et l’Antiquité se dirige vers ce que nous appelons le Moyen Âge.
Face à ces bouleversements, le lettré Macrobius Ambrosius Theodosius célèbre la romanité en mettant en scène ses origines, celles de ses dieux et de sa monnaie. Il raconte comment Janus, roi du Latium, accueillit Saturne arrivé par la mer, apprit de lui l’agriculture, et fit frapper le bronze en son honneur : sa propre tête sur une face, un navire sur l’autre.
Dans le premier épisode, Maxime Cambreling, professeur de lettres classiques au collège Albert-Camus de Bayonne, en réseau d’éducation prioritaire, explique d’abord pourquoi il met des dieux antiques entre les mains de ses élèves. Dans un établissement où les religions sont nombreuses, les croyances anciennes permettent de prendre du recul, et de mesurer à quel point les religions cousinent les unes avec les autres.
Jean-Baptiste Guillaumin, maître de conférences en langue et littérature latines à Sorbonne Université, retrace ensuite ce que l’on sait de Macrobe, c’est-à-dire peu de chose. Un homme né dans les années 380, qui compose son œuvre dans les années 430, et dont on ignore jusqu’à la religion : longtemps tenu pour païen, il est depuis une dizaine d’années soupçonné d’avoir été chrétien.
Dominique Briquel, professeur émérite à Sorbonne Université et spécialiste des mondes étrusque et italique, montre enfin comment la trilogie Janus, Saturne, Jupiter répond à un très vieux schéma partagé par les peuples indo-européens, et qui se retrouve chez les Grecs sous les noms d’Ouranos, Cronos et Zeus.
On ne vit pas dans un présent permanent.
La seconde partie de l’entretien
Antony Hostein, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et titulaire de la chaire d’histoire monétaire du monde romain, raconte l’apparition des premières monnaies romaines, vers 310 avant notre ère. Une apparition tardive, quatre siècles après les premières frappes de Lydie, et qui commence par des pièces portant une légende en grec.
Il explique aussi ce qu’il reste de ce monnayage à l’époque de Macrobe : deux pièces seulement, une d’or et une de cuivre, où l’imagerie traditionnelle s’efface au profit de symboles chrétiens. Sur ces monnaies, les empereurs proclament le retour d’un âge d’or, au moment même où Alaric prend Rome et où les Vandales conquièrent l’Afrique.
Dominique Briquel revient sur Janus, dieu du mois de janvier dans une année officielle qui commençait au mois de mars. Une dualité étrange, dont nos noms de mois gardent la trace : septembre, octobre, novembre et décembre ne sont les septième, huitième, neuvième et dixième mois que si l’année commence en mars.
Maxime Cambreling conclut en sortant de sa poche quelques bronzes républicains, qu’il apporte aussi en classe. Un as à tête de Janus, un sextans à Mercure, une once à la déesse Roma. Les élèves les touchent, les déchiffrent, s’étonnent que des objets si anciens circulent encore.
Invités :
- Maxime Cambreling, professeur de lettres classiques, collège Camus, Bayonne.
- Jean-Baptiste Guillaumin, maître de conférences en langue et littérature latines à Sorbonne Université.
- Antony Hostein, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, Section des sciences historiques et philologiques.
- Dominique Briquel, professeur émérite à Sorbonne Université et directeur d’études émérite à l’École Pratique des Hautes Études.
Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.
Responsable scientifique : Anca Dan.
Série réalisée avec le soutien de l’École Universitaire de Recherche Translitteræ.








