Podcast

Les Pline et l’éruption du Vésuve : de quoi est mort Pline l’Ancien ?

Nous sommes en 79 de notre ère et le Vésuve est entré en éruption, alors même que Pline l’Ancien, amiral de la flotte de Misène, est partagé entre ses responsabilités militaires et sa curiosité scientifique. Son neveu raconte sa mort dans une lettre. Deux mille ans plus tard, on cherche encore de quoi il est mort.

Pline le Jeune raconte les péripéties tragiques de son oncle dans la lettre 16 du livre VI de ses Épîtres. Zélie Chevance, normalienne en deuxième année au département des sciences de l’Antiquité, a réuni autour d’elle une équipe de spécialistes pour éclairer les aspects historiques, archéologiques mais aussi géophysiques de cette lettre. Alix Barbet et Hélène Dessales pour l’archéologie, Luca Terray et Julie Carlut pour la volcanologie et le paléomagnétisme.

Le texte est précis et pourtant difficile à interpréter. Pline le Jeune parle de respiration obstruée, de ventre serré, d’odeur de soufre. Mais la mort de son oncle n’est probablement pas due à la toxicité des gaz. Les travaux de Luca Terray montrent que la plupart des victimes sont mortes des écoulements pyroclastiques, par la chaleur, par la force de l’avalanche ou par asphyxie. Or à Stabies, où meurt Pline l’Ancien, la température et l’onde de pression semblent avoir été insuffisantes. Et ses deux esclaves survivent.

Étudier l’archéologie, ce n’est pas refuser de regarder dans le présent ou de regarder vers le futur.

Zélie Chevance

Hélène Dessales décrit ensuite une ville qu’on ne savait pas nommer. Pompéi est découverte par hasard en 1748, et jusqu’à la fin des années 1760 on croit fouiller Stabies. Les premières fouilles procèdent par puits et galeries, comme une mine, avant qu’on décide en 1760 de dégager à ciel ouvert. Trois cinquièmes de la ville seulement sont aujourd’hui dégagés.

Elle rappelle surtout un fait qu’on oublie : en 79, Pompéi est une ville en chantier. Un séisme dévastateur l’a frappée dix-sept ans plus tôt, avec jusqu’à vingt pour cent d’effondrements totaux dans certains secteurs, et un second l’a probablement secouée peu avant l’éruption. Les fouilles récentes ont mis au jour une maison en travaux, avec ses moellons taillés et sa poudre de tuileau encore entreposés dans la cour.

Alix Barbet, enfin, revient sur ce que ces murs ont changé. La découverte des peintures de Pompéi bouleverse les artistes dès la fin du 18e siècle et fait naître l’art néo-pompéien. Elle décrit les quatre styles, mais insiste aussi sur ce que l’histoire de l’art regarde moins : les enseignes peintes des commerçants, les affiches électorales, les graffitis, qui racontent la vie quotidienne.

Invités :

  • Zélie Chevance, normalienne en deuxième année au département des sciences de l’Antiquité, ENS-PSL.
  • Alix Barbet, directrice de recherche honoraire en archéologie au CNRS, laboratoire AOrOc, ENS-PSL.
  • Hélène Dessales, maîtresse de conférences HDR en archéologie, laboratoire AOrOc, ENS-PSL, professeure associée à l’Université de Lausanne.
  • Julie Carlut, enseignante-chercheuse en paléomagnétisme, Institut de physique du globe de Paris, Université Paris Cité, qui n’a pu être présente à l’enregistrement.
  • Luca Terray, ingénieur de recherche à l’Université Clermont Auvergne, Laboratoire de physique de Clermont et Laboratoire Magmas et Volcans.

Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.

Responsable scientifique : Anca Dan.

Série réalisée avec le soutien de l’École universitaire de recherche Translitteræ.

Proposé par

  • Humanités dans le texte

    Des modules pédagogiques multimédia (textes, images, podcasts et vidéos) pour lire, traduire et interpréter les textes en langues anciennes, du collège au supérieur.

Que voudriez-vous lire sur Odysseum ?

Un sujet, une ressource qui vous manque, un texte que vous aimeriez voir expliqué : écrivez-nous.
Ce contenu fait partie de :