Première épisode consacré au texte et à la classe. Pour comprendre la portée du geste d’Euripide, ce premier épisode plonge dans cette pièce dont est lu, traduit et commenté un extrait, avec les outils du grec ancien et du commentaire, et la façon dont on peut l’utiliser auprès des élèves du secondaire.
Euripide met dans la bouche d’une des survivantes une démonstration paradoxale : ce sont les Achéens qui sont les plus mal lotis, eux qui viennent mourir en masse loin des leurs, en terre étrangère, et pour une seule femme, enlevée certes, mais en quelque sorte de son plein gré.
Second épisode. Le droit, le roman, la scène
Hélène Tourard applique à la pièce une notion qui n’existait pas encore : la guerre juste, forgée dans le monde chrétien par Augustin, Thomas d’Aquin puis Grotius. Trois conditions la définissent. Une juste cause, et Cassandre en revendique une, défendre sa patrie. Une autorité légitime pour décider. Et la proportionnalité. C’est là que le cas achéen se fissure : réunir une armée et détruire une ville entière pour punir un ravisseur, cela ne passe pas.
Les tragiques ne sont pas contemporains, mais c’est plutôt nous qui sommes plus antiques que nous le croyons.
Laurent Gaudé
Vient ensuite la littérature. Dans un entretien avec l’équipe, Laurent Gaudé s’étonne que la tragédie continue de nous émouvoir au 21e siècle, alors que nous ne sommes ni rois ni reines. Sa réponse : la tragédie a eu le génie d’incarner l’arc de la vie, ce moment de bascule du bonheur au malheur que chacun connaîtra. Il refuse en revanche la conception héroïque de la guerre, la belle mort n’ayant plus cours depuis la massification des combats.
Le théâtre, enfin. Sylvie David-Guignard a conseillé le metteur en scène Patrick Mellior, qui a monté Les Troyennes et travaillait sur la traduction de Marie Delcourt. Elle explique pourquoi la restitution archéologique est impossible et sans intérêt : on ne sait presque rien des mises en scène du 5e siècle, et les partitions n’ont pas été conservées. Tout est à réinventer, à commencer par le chœur.
L’épisode se referme sur une archive de 1988 : au 42e Festival d’Avignon, dans le cloître du cimetière de la Chartreuse, une vingtaine de jeunes femmes de diverses nationalités jouaient et chantaient Les Troyennes en grec ancien, sur une musique de Giovanna Marini. Preuve qu’on peut toucher un public sans qu’il comprenne les paroles.
Coordination :
- Sylvie David-Guignard, maîtresse de conférences honoraire à l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon, laboratoire ISTA.
- Anne Franco, professeure de lettres classiques au lycée Ledoux de Besançon, pour la séquence lycée.
- Sylvie Pedroarena, professeure honoraire de lettres classiques, cité scolaire du Pré-Saint-Sauveur à Saint-Claude.
- Brigitte Planty, professeure de lettres classiques au collège Les Hautes Vignes de Seloncourt.
- Hélène Tourard, maîtresse de conférences HDR en droit public à l’Université de Bourgogne, laboratoire CREDIMI.
- Elena Zimmermann, professeure de lettres classiques au collège Proudhon de Besançon, pour la séquence collège.
Animation, réalisation et publication : Émile Gayoso.
Responsable scientifique : Anca Dan.
Série réalisée avec le soutien de l’École universitaire de recherche Translitteræ.








