Ce module se parcourt en trois temps, à retrouver dans les onglets ci-dessous. Le podcast ouvre le sujet par le métier de papyrologue, la fabrication des documents et leur transmission. Le texte donne les deux lettres du stratège Platon, leur traduction et leurs commentaires. La vidéo, enfin, montre ce que ces deux lettres révèlent d’un récit arrangé.
Guerre de succession et félonie en Haute-Égypte (Benoît Laudenbach)
En 88 avant notre ère, l’Égypte est en proie aux querelles dynastiques qui opposent Ptolémée X Alexandre à son frère aîné Ptolémée IX Sôter II. En Thébaïde, certains groupes semblent favorables au premier et sèment le trouble, tandis que le second reprend le pouvoir.
À cette occasion, un certain Platon, stratège1 de la région, écrit successivement deux lettres : l’une en mars, à l’un des responsables de la ville de Pathyris, aujourd’hui Gebelein, à 35 kilomètres au sud de Louqsor, l’autre en novembre, aux autorités religieuses et aux habitants de cette même ville. Entre les deux, le pouvoir a changé de mains, mais Platon est resté en place. Dans sa dernière lettre, il annonce l’arrivée imminente d’une force armée envoyée par le nouveau roi pour mater ses opposants. Cette lettre fait écho à un passage de la Périégèse de Pausanias, qui mentionne la même campagne d’une façon équivoque.
Les documents
Texte 1 : P. Bouriant 10
Édition de Paul Collart, Les papyrus Bouriant, Paris, 1926, n° 10, p. 56. Révision et traduction de Benoît Laudenbach. Les lignes sont numérotées de cinq en cinq, la barre verticale signale les changements de ligne dans le papyrus.
Grec, recto
1 Π̣λ[άτω]ν Νεχθύρει | χαί[ρειν].
Ἐξωρμή|κα[μεν] ἐγa Λάτων | πόλ̣[εω]ς ἀντιληψό|με[ν]ο̣ι̣ τῶν ἐνεστη|κ̣[ότων] κατὰ τὸ | σ[υμφέρο]ν τοῖς πράγμασι | κ̣[αὶ γεγ]ραφότες | τ̣[οῖς] [κα]τοικοῦσι |10 σ̣υ̣γ̣[γ]ί̣νεσθαί σοι. | Καλῶς ποιήσεις | συντηρῶν τὸν τόπον καὶ προ|ϊστάμενος· |15 [το]ὺς δʼ ἐπιχει|[ροῦ]ν̣τας μὴ | [ὑπ]α̣κούειν σου | [. .]υ̣τέραιb στάσει | [ἐ]χ̣ο̣μένους |20 [ἀσ]φ̣αλισάμενος | [μέ]χρι τοῦ καὶ | [ἡμᾶ]ς ὅτι τάχος | [ἐπι]βαλεῖν πρὸς σέ.
24[Ἔρ]ρ̣(ωσο). (ἔτους) κϛ Φαμε(νὼθ) ιϛ¯
Platon à Nechthyris, salut.
Nous avons quitté Latopolis en toute hâte pour nous occuper de la situation présente conformément aux intérêts de l’État, et après avoir écrit aux habitants de t’assister. Je te remercie de surveiller le lieu et d’être vigilant ; et ceux qui tenteraient de ne pas t’obéir en montant une nouvelle sédition, mets-les en sûreté jusqu’à ce que nous arrivions au plus vite à tes côtés.
Porte-toi bien, an 26, 16 Phaménôth.
Grec, verso
ἐπισ̣(τάτῃ ? τοῦ) Παθυ(ρίτου) Νεχθύρει
a. lire ἐκ b [. .]υ̣τέραι : [δε]υ̣τέραι ou plus probablement [ὀξ]υ̣τέραι.
À l’épistate2 ( ?) du Pathyrite, Nechthyris

Texte 2 : P. Bouriant 12
Édition de Paul Collart, Les papyrus Bouriant, Paris, 1926, n° 12, p. 58-59. Traduction de Benoît Laudenbach.
Grec recto
1 Πλάτων τοῖς ἐν Παθύρει | ἱερεῦσι καὶ τοῖς ἄλλοις | τοῖς κατοικοῦσι | χαίρειν.
Γέγραφεν |5 ἡμῖν Φιλόξενος |ὁ ἀδελφὸς διʼ ὧν κεκό|μικεν ἡμῖν Ὄρσης |γραμμάτων περὶ τοῦ |τὸν μέγιστον Θεὸν |10 Σωτῆρα βασιλέα | ἐπιβεβληκέναι |εἰς Μέμφιν, Ἱέρακα δὲ |προκεχειρίσθαι |μετὰ δυνάμεων |15 μυρίων ἐπὶ κατα|στολὴν τῆς Θηβαίδος. |Ὅπως οὖν εἰδότες |εὐθαρσεῖς ὑπάρ|χητε ἐκρίναμεν |20 σημῆναι.
21 Ἔρρ(ωσθε), (ἔτους) λ Φαῶφι ιθ¯
Platon aux prêtres de Pathyris et aux autres habitants, salut.
Mon collègue (ou : mon frère) Philoxénos nous écrit, par une lettre que nous a apportée Orsès, que le très grand dieu roi Sauveur (Ptolémée IX Sôter II) est parvenu à Memphis3 et que Hiérax a été désigné avec une très grande force pour la répression de la Thébaïde4. De façon à ce que, à cette nouvelle, vous preniez courage, nous avons jugé bon de vous l’annoncer.
Portez-vous bien, an 30, 19 Phaôphi
Grec verso
Τοῖς ἐν Παθύρει ἰερεῦσι καὶ τοῖς ἄλλοις.
Aux prêtres de Pathyris et aux autres (habitants).

Texte 3 : Pausanias, Périégèse, I, 9, 3
Édition de Michel Casevitz, Jean Pouilloux et François Chamoux, Pausanias, Description de la Grèce. Tome I : Introduction générale. Livre I, L’Attique, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 1992. Traduction de Benoît Laudenbach.
VIII 6. Τοῦ θεάτρου δὲ ὃ καλοῦσιν ᾨδεῖον, ἀνδριάντες πρὸ τῆς ἐσόδου βασιλέων εἰσὶν Αἰγυπτίων. Ὀνόματα μὲν δὴ κατὰ τὰ αὐτὰ Πτολεμαῖοί σφισιν, ἄλλη δὲ ἐπίκλησις ἄλλῳ· καὶ γὰρ Φιλομήτορα καλοῦσι καὶ Φιλάδελφον ἕτερον, τὸν δὲ τοῦ Λάγου Σωτῆρα παραδόντων ῾Ροδίων τὸ ὄνομα. (…)
IX 1. Ὁ δὲ Φιλομήτωρ καλούμενος ὄγδοος μέν ἐστιν ἀπόγονος Πτολεμαίου τοῦ Λάγου, τὴν δὲ ἐπίκλησιν ἔσχεν ἐπὶ χλευασμῷ. Οὐ γάρ τινα τῶν βασιλέων μισηθέντα ἴσμεν ἐς τοσόνδε ὑπὸ μητρός, ὃν πρεσβύτατον ὄντα τῶν παίδων ἡ μήτηρ οὐκ εἴα καλεῖν ἐπὶ τὴν ἀρχήν, πρότερον δὲ ἐς Κύπρον ὑπὸ τοῦ πατρὸς πεμφθῆναι πράξασα· τῆς δὲ ἐς τὸν παῖδα τῇ Κλεοπάτρᾳ δυσνοίας λέγουσιν ἄλλας τε αἰτίας καὶ ὅτι Ἀλέξανδρον τὸν νεώτερον τῶν παίδων κατήκοον ἔσεσθαι μᾶλλον ἤλπιζε.
2. Καὶ διὰ τοῦτο ἑλέσθαι βασιλέα Ἀλέξανδρον ἔπειθεν Αἰγυπτίους· ἐναντιουμένου δέ οἱ τοῦ πλήθους, δεύτερα ἐς τὴν Κύπρον ἔστειλεν Ἀλέξανδρον, στρατηγὸν μὲν τῷ λόγῳ, τῷ δὲ ἔργῳ δι᾽ αὐτοῦ Πτολεμαίῳ θέλουσα εἶναι φοβερωτέρα, τέλος δὲ κατατρώσασα οὓς μάλιστα τῶν εὐνούχων ἐνόμιζεν εὔνους, ἐπήγετο σφᾶς ἐς τὸ πλῆθος ὡς αὐτή τε ἐπιβουλευθεῖσα ὑπὸ Πτολεμαίου, καὶ τοὺς εὐνούχους τοιαῦτα ὑπ᾽ ἐκείνου παθόντας. Οἱ δὲ Ἀλεξανδρεῖς ὥρμησαν μὲν ὡς ἀποκτενοῦντες τὸν Πτολεμαῖον, ὡς δὲ σφᾶς ἔφθασεν ἐπιβὰς νεώς, Ἀλέξανδρον ἥκοντα ἐκ Κύπρου ποιοῦνται βασιλέα.
3. Κλεοπάτραν δὲ περιῆλθεν ἡ δίκη τῆς Πτολεμαίου φυγῆς ἀποθανοῦσαν ὑπὸ Ἀλεξάνδρου, ὃν αὐτὴ βασιλεύειν ἔπραξεν Αἰγυπτίων. Τοῦ δὲ ἔργου φωραθέντος καὶ Ἀλεξάνδρου φόβῳ τῶν πολιτῶν φεύγοντος, οὕτω Πτολεμαῖος κατῆλθε καὶ τὸ δεύτερον ἔσχεν Αἴγυπτον· καὶ Θηβαίοις ἐπολέμησεν ἀποστᾶσι, παραστησάμενος δὲ ἔτει τρίτῳ μετὰ τὴν ἀπόστασιν ἐκάκωσεν, ὡς μηδὲ ὑπόμνημα λειφθῆναι Θηβαίοις τῆς ποτε εὐδαιμονίας προελθούσης ἐς τοσοῦτον ὡς ὑπερβαλέσθαι πλούτῳ τοὺς Ἑλλήνων πολυχρημάτους.
VIII 6. Devant l’entrée du théâtre [d’Athènes] qu’on appelle l’Odéon se trouvent des statues des rois égyptiens, qui reçoivent le même nom de Ptolémée, mais chacun ayant un surnom distinct. Par exemple on en appelle un Philomètor (litt. « qui aime sa mère, que sa mère aime ») et un autre Philadelphe (Ptolémée II), et le fils de Lagos (Ptolémée Ier) Sôter (litt. « Sauveur »), surnom donné par les Rhodiens (…).
IX 1. Celui qu’on appelle Philomètor (Ptolémée IX) est le huitième descendant de Ptolémée fils de Lagos. Son surnom lui a été donné par ironie, car aucun de ces rois, à ma connaissance, ne fut autant haï par sa mère. Quoiqu’il fût l’aîné de ses enfants, sa mère (Cléopâtre III) l’empêcha de régner en faisant d’abord en sorte qu’il soit envoyé à Chypre par son père. L’hostilité de Cléopâtre envers son fils, dit-on, s’explique entre autres par le fait qu’elle espérait que son plus jeune fils, Alexandre, serait plus soumis. C’est pourquoi elle persuada les Égyptiens de choisir Alexandre comme roi.
2. Comme la foule s’y opposa (au profit de Ptolémée IX), elle envoya à son tour Alexandre à Chypre, en théorie comme général en chef, mais en réalité parce qu’elle voulait, grâce à lui, se faire craindre davantage de Ptolémée. Enfin, elle fit blesser ses eunuques qu’elle pensait les plus dévoués pour les conduire devant la foule en disant que c’était contre elle que Ptolémée avait comploté et que c’était de son fait à lui que ses eunuques avaient ainsi souffert. Les Alexandrins se jetèrent sur Ptolémée pour le tuer, mais il leur échappa en s’embarquant sur un navire, et Alexandre, de retour de Chypre, fut proclamé roi.
3. Cléopâtre fut punie pour la fuite de Ptolémée, car elle fut tuée par Alexandre qu’elle avait réussi à mettre sur le trône d’Égypte. Convaincu de ce meurtre, Alexandre prit peur devant les citoyens d’Alexandrie et s’exila ; ainsi Ptolémée revint et tint l’Égypte pour la seconde fois ; il fit campagne contre les Thébains révoltés et, remportant la victoire la troisième année après le soulèvement, il ravagea la région au point de ne laisser aux Thébains aucun vestige de la prospérité de jadis, prospérité telle pourtant qu’elle dépassa en richesse les Grecs les plus riches.
Commentaire papyrologique
N.B. Seul le papyrus du texte 2, le plus complet, est intégralement commenté. Les éléments donnés ci-dessous suivent un ordre logique qui ne va pas nécessairement du plus simple au plus complexe : l’enseignant pourra choisir les informations qu’il jugera pertinentes.
Le support
Ce coupon de papyrus mesure environ 33 centimètres de haut pour 8,5 centimètres de large. Sa hauteur correspond à celle du rouleau dans lequel il a été découpé. Comme un feuillet est constitué de bandes de papyrus disposées en deux couches perpendiculaires, les fibres sont horizontales sur le recto et verticales sur le verso. Mais des deux côtés l’écriture est parallèle aux fibres, puisque le coupon a été tourné à quatre-vingt-dix degrés pour recevoir l’adresse au verso.

Le coupon présente un défaut de fabrication : au niveau de la ligne 3, deux bandes horizontales de la couche supérieure ne sont pas jointives, laissant voir les fibres verticales de la couche inférieure, si bien que le mot κατοικοῦσι est écrit partiellement sur les fibres de la couche supérieure, mais que les trois dernières lettres υσι ont été écrites sur celles de la couche inférieure.
Le format et les plis
Le format allongé, ici particulièrement étroit, est typique des lettres grecques antiques. On distingue au verso trois marques de plis horizontaux et, de façon moins distincte, une marque verticale médiane à droite de l’adresse : la lettre, une fois écrite, a été repliée horizontalement sur elle-même en quatre en partant du bord supérieur, puis pliée en deux verticalement.

La mise en page
Le texte est écrit en scriptio continua5, c’est-à-dire que les mots ne sont pas séparés par des espaces, ce qui était habituel. Les lettres sont aussi souvent ligaturées. On observe toutefois une mise en page soignée, avec un blanc séparant l’en-tête du corps de la lettre à la ligne 4, et un autre entre les deux informations principales à la ligne 11. Enfin, comme c’est habituel, la formule de salutation finale, formula valetudinis, et la date sont bien séparées du corps de la lettre, en eisthesis6 par rapport à lui. Un trait horizontal, appelé paragraphos7, signale que le corps de la lettre est terminé.
L’écriture
L’écriture est une majuscule ressemblant beaucoup aux majuscules actuelles. Quelques différences se remarquent toutefois : le sigma est régulièrement lunaire, ϲ, et l’epsilon a une forme arrondie ; la première hampe de l’êta est plus haute que la seconde, systématiquement ligaturée à la lettre qui suit, ce qui annonce son futur développement en forme de h.
Elle combine des traits ornementaux, comme les υ et les τ très sinueux que l’on peut confondre, l’apex8 initial de certains η, ou les fausses ligatures9 dans les séquences νφ à la ligne 5 et μφ à la ligne 12, et des traits cursifs, notamment dans certains mots courants, χαίρειν, γράμματα, ἔρρ(ωσθε), Φαῶφι. Si bien que certaines lettres, comme l’alpha, présentent deux formes différentes, par exemple dans Πλάτων et Παθύρει.
Autres signes de cursivité, l’abréviation de la formula valetudinis, réduite à la séquence ερρ, dont les ῥ présentent une boucle ouverte, et le mot ἔτους figuré par le symbole usuel d’origine démotique. Le scripteur a une main assez experte. Il a opéré une correction à la ligne 8, περὶ τοῦ au lieu de περὶ τὸν, influencé par le sujet de l’infinitive qui suit, et a dû resserrer un peu son écriture à la ligne 11 pour loger la séquence Ἱέρακα δέ, où le dernier ε est prolongé jusqu’au bord du papyrus, procédé qu’on appelle filler10.
Les dates
- P. Bouriant 10 : 16 Phaménôth de la 26e année du règne de Ptolémée X Alexandre, soit le 28 mars 88 avant notre ère.
- P. Bouriant 12 : 19 Phaôphi de la 30e année du règne restauré de Ptolémée IX Sôter II, soit le 1er novembre 88 avant notre ère.
Pistes d’étude
- Débutants : décrire le document et identifier les lettres, soit à partir du texte imprimé, soit à partir d’un abécédaire préparé à l’avance ; identifier des mots du langage courant ou déjà connus, comme Πλάτων, ἀδελφός, mot ambigu ici, θεόν, βασιλέα, μετὰ δυνάμεων, οὖν, περί, ἡμῖν.

- Intermédiaires : faire déchiffrer le texte avec un minimum d’aides, à l’exclusion de la dernière ligne du recto. Chacun peut se constituer son propre abécédaire en commençant par identifier les lettres aisément reconnaissables, ε, ο, ι, ω, β, θ, κ, ν, ξ, ρ, φ, χ, certains α et π, et en faisant observer que certaines lettres se ressemblent, υ et τ, γ et τ, π et μ, α et λ, ϲ et ε. Faire observer le formulaire de la lettre, χαίρειν, ἔρρωσθε.
- Confirmés : en plus du déchiffrement du corps du texte, faire deviner la formule de salutation finale abrégée et la date, par exemple à l’aide d’une liste de mois égyptiens et d’un rappel sur la numération alphabétique en grec ancien. Noter le trait supralinéaire au-dessus du quantième du mois, qui distingue les signes numériques des simples signes alphabétiques, et qui est absent du quantième de l’année régnale.
On peut aussi faire étudier de la même manière le papyrus du texte 1, plus endommagé et édité selon les conventions papyrologiques. On remarquera que l’écriture est phonétique, puisqu’y est notée l’assimilation de ἐκ devant λ sous la forme ἐγ.
Commentaire historique
Il n’est pas si courant qu’un papyrus corrobore de façon aussi précise une information transmise par ailleurs par la littérature antique. Réciproquement, le texte de Pausanias éclaire le contexte des lettres : les luttes de pouvoir au sein de la dynastie lagide, au tournant des 2e et 1er siècles avant notre ère. Mais il n’est pas certain que l’auteur, qui se fait sans doute l’écho de propagandes diverses sans le savoir, ait bien compris toute la situation.
Niveau débutant
Pour la chronologie des événements, voir l’annexe.
Le texte 3, de Pausanias, donne un contexte historique aux textes 1 et 2, deux lettres contemporaines des événements conservées sur papyrus : les luttes de pouvoir au sein de la famille royale des Ptolémées.
Observer les dates des deux papyrus. Le texte 1 est daté du règne de Ptolémée X, tandis que le texte 2, plus tardif, est daté du règne de Ptolémée IX revenu au pouvoir, comme l’explique Pausanias. Pourtant, malgré le changement à la tête du pouvoir, Platon semble être resté à son poste de stratège de Thébaïde, fonction assez élevée dans la hiérarchie ptolémaïque.
Dans les deux cas, Platon en appelle d’une façon ou d’une autre à la loyauté de ses interlocuteurs et témoigne de la sienne propre. Mais cette loyauté a changé de destinataire. Cela se reflète dans le ton des deux lettres : la première est assez factuelle et administrative, à la manière d’une circulaire ; la seconde emploie un ton plus emphatique, qui montre que Platon veut se faire bien voir du nouveau pouvoir.
Niveau intermédiaire
Pour la chronologie des événements, voir l’annexe.
Le 28 mars 88 avant notre ère, dans la 26e année du règne de Ptolémée X Alexandre, en comptant depuis son accession au trône de Chypre en 114, le stratège de Thébaïde Platon quitte en hâte la ville de Latopolis, chef-lieu du nome11 du même nom en Haute-Égypte. Il se rend à Pathyris, à moins de trente kilomètres de là, pour répondre à une situation de troubles intérieurs et rétablir l’ordre. Il est possible que ces troubles aient commencé en divers endroits, et d’abord à Latopolis, ce qui expliquerait la présence du stratège en ce lieu, alors que son siège était bien plus au nord, à Ptolémaïs. Mais d’autres explications sont possibles : il peut simplement avoir été en tournée dans ce district à ce moment-là, et l’on sait par ailleurs que sa famille y était implantée.
La lettre que Platon envoie à Nechthyris, sans doute le gouverneur du nome Pathyrite, le précède de peu, vu la faible distance entre les deux villes. Mais le stratège est sûrement plus lent à se déplacer, empruntant peut-être le cours du Nil avec tout un entourage, alors qu’un messager peut circuler seul à cheval. En tout cas, l’emploi du parfait ἐξωρμήκαμεν montre que le stratège est censé être déjà parti de Latopolis lorsque la lettre arrive à Pathyris. C’est peut-être aussi un moyen de faire patienter son subordonné : deux jours plus tard, il lui envoie une autre lettre avec des ordres complémentaires, preuve qu’il est encore en route, voire n’est pas encore parti. Ἐξωρμήκαμεν n’est peut-être qu’un euphémisme pour dire que les préparatifs de départ commencent tout juste.
Cette lettre donne pour consigne à Nechthyris de veiller à la sécurité des lieux et d’agir contre d’éventuels nouveaux fauteurs de troubles. Qui sont-ils ? La lettre ne le dit pas, mais il s’agit probablement de partisans de Ptolémée IX Sôter II, sur le point de reprendre le pouvoir, au détriment de Ptolémée X Alexandre encore reconnu comme souverain légitime par Platon. On a par ailleurs conservé la lettre que Platon a écrite plus tôt le même jour aux habitants de Pathyris, par laquelle il leur intimait d’obéir en tout point à Nechthyris : preuve que la loyauté envers l’autorité royale de Ptolémée X était loin d’être assurée, du moins parmi l’élite locale.
Neuf mois plus tard, Platon écrit cette fois aux prêtres et aux habitants de Pathyris pour leur annoncer l’arrivée imminente d’une armée royale qui viendra mettre fin aux troubles. S’il a aussi écrit à Nechthyris, nous n’en avons gardé aucune trace. Il écrit probablement depuis Ptolémaïs, où les informations en provenance du nord arrivent d’abord. Cette fois-ci, la lettre est datée d’après la 30e année du règne de Ptolémée IX, qui a récupéré le pouvoir au milieu du printemps et qui a besoin d’asseoir son autorité sur toute l’Égypte.
Platon a opportunément changé d’allégeance, comme le montrent cette datation et l’expression très flatteuse qu’il emploie pour parler du nouveau roi, τὸν μέγιστον Θεὸν Σωτῆρα βασιλέα, le très grand dieu roi Sôter. Cette fois-ci, ce sont donc sans doute les partisans de l’ancien roi, Ptolémée X, qui sèment le trouble depuis septembre, et contre lesquels se dirige une très grande armée envoyée par Ptolémée IX sous le commandement de Hiérax. Là encore, l’expression μετὰ δυνάμεων μυρίων est peut-être une exagération flatteuse, en tout cas destinée à rassurer les habitants de Pathyris.
Il est question de cette campagne de répression chez Pausanias, qui la replace dans le contexte des luttes dynastiques. Sa version des événements est probablement tributaire de sources favorables à Ptolémée IX et de sources romaines qui s’employaient à dénigrer les Ptolémées, et elle condense en partie les faits pour les dramatiser. Il indique cependant que cette campagne dura plus de deux ans, la victoire étant remportée « la troisième année après le soulèvement ». Il y a en réalité de bonnes raisons de penser qu’elle fut beaucoup plus courte, et que Pausanias aura confondu les règnes des deux Ptolémées. En effet, la 27e année du règne de Ptolémée X coïncide avec la 30e année du règne de Ptolémée IX, et elles ont toutes les deux commencé le 14 septembre 88 : un soulèvement initié en septembre de la 27e année du premier peut donc avoir été réprimé à partir du mois de novembre de la 30e année du second, et se terminer avant septembre 87.
On remarquera le ton différent employé par Platon selon ses destinataires. Dans le texte 1, il s’adresse à un subordonné auquel il donne des ordres, certes poliment, avec καλῶς ποιήσεις suivi d’un participe présent. Dans le texte 2, il est purement informatif, mais dans un style un peu pompeux, comme le montre en particulier la syntaxe de la dernière phrase. Dans les deux cas, il se veut rassurant : en garantissant à Nechthyris la rapidité de son arrivée, et en donnant aux Pathyrites la source précise de ses informations, Philoxénos son frère par l’intermédiaire d’Orsès, avec des mots d’encouragement. Il montre qu’il maîtrise la situation, même si son empressement à se recommander d’autres personnes et son style contourné trahissent la position très délicate dans laquelle il se trouve à titre personnel.
Niveau confirmé
Querelles dynastiques chez les Lagides
La dynastie lagide arriva au pouvoir en 305, lorsque Ptolémée fils de Lagos, compagnon d’Alexandre et satrape d’Égypte depuis 323, se fit couronner roi. À quelques exceptions près, le pouvoir était héréditaire de père en fils. Cette transmission familiale était encore renforcée par le fait que les Ptolémées, à partir de Ptolémée II, adoptèrent souvent la coutume des pharaons égyptiens d’épouser leur sœur, le couple royal fonctionnant parfois comme une véritable dyarchie, même si le roi suivant n’était pas systématiquement issu de cette union. Mais en raison de la richesse du pays, des conflits extérieurs, de la mort prématurée de certains souverains, de l’influence des courtisans et de fratries souvent nombreuses, fruit de stratégies matrimoniales complexes, les querelles dynastiques apparurent dès la fin du 3e siècle avant notre ère pour ne plus cesser jusqu’à la prise de l’Égypte par Auguste en 30.
Ptolémée IX Sôter II arriva au pouvoir en 116, à la mort de son père Ptolémée VIII Évergète II, qui avait eu lui-même un règne mouvementé. Il régna conjointement avec sa mère Cléopâtre III jusqu’en 107, date à laquelle celle-ci l’évinça au profit de son autre fils Alexandre, roi de Chypre depuis 114, qui prendra le nom de Ptolémée X et avec lequel elle continua à partager le pouvoir. Elle mourut en 101. Ptolémée X fut à son tour chassé d’Alexandrie par son armée, et Ptolémée IX fut rappelé par les Alexandrins, sans doute dès mai 88. La documentation papyrologique permet de dater assez précisément ces changements à la tête de l’État, puisque, comme dans nos lettres, beaucoup de textes sont datés en fonction des années de règne du souverain ou du couple de souverains, souvent avec leur titulature officielle. La lettre P. Bouriant 10 est datée de la 26e année du règne de Ptolémée X, tandis que la lettre P. Bouriant 12 est datée de la 30e année du règne de Ptolémée IX, sans tenir compte de l’interruption entre 107 et 88. Datées de deux règnes différents, ces lettres ont néanmoins été écrites la même année selon notre comput, en 88 avant notre ère.

Titulature royale et sobriquets
Si tous les successeurs de Ptolémée fils de Lagos s’appelèrent comme lui, on les distinguait dans l’Antiquité par leur titulature, c’est-à-dire les surnoms officiels qu’ils recevaient dans le cadre du culte royal. Depuis Ptolémée II, ils faisaient en effet l’objet d’un culte dynastique, d’abord après leur mort, puis de leur vivant, à la manière des anciens pharaons. Cela explique pourquoi Platon appelle le roi « le très grand dieu » dans le texte 2. Ptolémée IX est ainsi le deuxième à avoir reçu le titre de Sôter, le Sauveur, après Ptolémée Ier. L’épithète Philomètôr, qui aime sa mère, commune à plusieurs souverains, fut attribuée à des rois qui régnaient conjointement avec leur mère : ce fut le cas de Ptolémée VI avec Cléopâtre Ire, et de Ptolémée IX comme de Ptolémée X avec Cléopâtre III, le couple souverain recevant alors la même épithète.

Le culte dynastique s’appuyait aussi sur un culte d’État rendu à Alexandre en tant que fondateur, κτίστης, et protecteur d’Alexandrie, où reposait sa dépouille. Cela explique que le fils cadet de Cléopâtre III ait été nommé Alexandre, sans doute à sa naissance, avant de prendre le nom de Ptolémée à son avènement.
Dans certains textes littéraires, les rois sont souvent distingués par des sobriquets que les Alexandrins leur avaient attribués. Ptolémée IX était ainsi surnommé Lathyros, de λάθυρος, le pois chiche, ou Lathouros, de λανθάνω, être caché, et οὐρά, la queue, ou οὖρον, l’urine, surnom grivois mettant peut-être en avant sa couardise, et qui n’est évidemment pas utilisé dans notre lettre officielle.
Quant à Ptolémée X, il était peut-être connu sous le nom de Pareisaktos, l’intrus, celui qui s’est introduit subrepticement, en référence à la manière dont sa mère et lui évincèrent Ptolémée IX. Mais il n’est pas certain que ce surnom ait été le sien.
La version de Pausanias
Pausanias écrit longtemps après les faits, au 2e siècle de notre ère, alors que l’Égypte est une province romaine depuis 30 avant notre ère. Si déjà les Alexandrins n’hésitaient pas à se moquer de leurs rois, les Romains se servirent de cette image désastreuse pour mieux faire briller leurs propres actions dans l’administration du pays. Pausanias se fait ici l’écho d’une longue tradition historiographique, et son récit s’en ressent. Il ignore par exemple que l’épithète Φιλομήτωρ est de nature religieuse, dans le cadre du culte dynastique du couple royal, et qu’elle n’est pas propre à Ptolémée IX : celui-ci n’en a donc pas été affublé de façon ironique par la foule des Alexandrins.
Par ailleurs, il écrase considérablement la chronologie des événements. Une inscription confirme que Ptolémée IX était gouverneur de Chypre avant de devenir roi avec sa mère en 116, à la mort de son père. Ptolémée X Alexandre est arrivé au pouvoir en 107. Cléopâtre III est décédée en 101, d’après les papyrus et les monnaies. Et Ptolémée X ne s’est exilé à son tour qu’au printemps 88 au plus tard. Il est très improbable que la mort de Cléopâtre ait entraîné une réaction treize ans plus tard. Mais cette condensation des faits crée un effet dramatique, encore renforcé par la nature des liens de cause à effet avancés par Pausanias : la haine intrafamiliale.
Sur ce point, il est possible que Pausanias ait utilisé, sans vraiment le savoir, des sources favorables à Ptolémée IX. S’il n’est pas impossible que Ptolémée X Alexandre ait fait assassiner sa mère, aucune preuve ne vient étayer cette assertion, même si d’autres auteurs en parlent. Cléopâtre, qui revenait d’une campagne difficile en Syrie, devait avoir une soixantaine d’années en 101, si bien qu’elle a pu tout à fait décéder de mort naturelle. Il est possible qu’on ait appliqué ici un schéma attesté plus tard, Bérénice III ayant été assassinée par Ptolémée XI. Par ailleurs, Ptolémée IX n’a pu devenir gouverneur de Chypre que par la volonté de son père, même si Cléopâtre a pu jouer un rôle. Et d’après une autre tradition, c’est Ptolémée VIII qui, rompant l’usage, aurait laissé à son épouse Cléopâtre III non seulement le pouvoir, mais aussi le choix du fils avec lequel elle régnerait.
Si le récit de Pausanias est orienté et sans doute erroné sur bien des points, il n’est pas complètement sujet à caution, puisqu’une sédition en Thébaïde et sa répression par Ptolémée IX sont confirmées par nos deux lettres. Mais le fait que la répression se soit terminée « la troisième année après la révolte » est là encore probablement une erreur. En effet, l’autorité de Ptolémée X n’a pas été reconnue, ou pas enregistrée, au même moment dans toute l’Égypte : en septembre 88, soit la 27e année du règne de Ptolémée X Alexandre, qui commença le 14 septembre, certains documents du sud de l’Égypte étaient encore datés d’après ce dernier, si bien qu’officiellement la 27e année de Ptolémée X et la 30e année de Ptolémée IX, qui commença aussi le 14 septembre, se chevauchaient. Ni Pausanias ni ses sources ne l’auront vu, pas plus qu’ils n’auront vu qu’entre les deux le souverain éponyme, de même nom, avait changé.
Résumons. En mars, ceux qui pouvaient être tentés de ne pas obéir en montant une nouvelle sédition devaient être des partisans de Ptolémée IX, qui n’était pas encore revenu sur le trône. Mais à l’automne, la révolte qui éclata effectivement devait être le fait des partisans de Ptolémée X Alexandre en fuite, révolte matée à partir de fin novembre par l’envoi de troupes en nombre sous les ordres de Hiérax. Malgré le changement de roi, Platon, pourtant l’un des plus hauts fonctionnaires égyptiens, est resté en place : l’expression « le très grand dieu roi Sauveur » est peut-être une marque de flatterie destinée à prouver sa loyauté au nouveau pouvoir, alors qu’en parlant de Ptolémée X il se contentait d’un simple κύριος βασιλεύς. Ce devait être d’autant plus nécessaire que Platon était en charge depuis 101 et qu’il portait le titre aulique le plus élevé, συγγενής, parent du roi. Il devait donc être un fidèle de Ptolémée X de longue date. Il n’est pas impossible qu’il ait été remplacé par ledit Hiérax.
Enfin, un dernier effet de dramatisation se trouve dans l’affirmation qu’à l’occasion de cette campagne le roi ravagea la région au point de ne laisser aux Thébains aucun vestige de leur prospérité passée. Ce commentaire, influencé par un passage d’Homère qui mentionne l’opulence de la Thèbes d’Égypte, aux cent portes, est certainement exagéré. Il est vrai que la documentation papyrologique décroît substantiellement à Thèbes après 88, et qu’elle disparaît complètement à Pathyris. Si les sources épigraphiques et archéologiques tendent à confirmer une réorganisation administrative et militaire attestant une véritable reprise en main de la région par le pouvoir central, elles témoignent aussi d’une certaine vitalité. Mais Pausanias reprend peut-être, là encore, un lieu commun du pouvoir romain : en visite en Égypte dans les années 20 avant notre ère, Strabon dit de Thèbes que l’ancienne capitale égyptienne était alors réduite à des villages.
Si Ptolémée IX est bien le huitième descendant de Ptolémée Ier, on notera que les rois d’Égypte n’étaient pas toujours numérotés de la même façon par les historiens antiques et par les modernes, puisque les premiers omettaient Ptolémée VII, dont l’identité et la réalité du règne sont encore discutées.
Les révoltes de Thébaïde
La Thébaïde passe pour être une terre de révoltes. On en connaît plusieurs, qui ont toutes longtemps été considérées comme ayant pour fondement une lutte d’une frange de la population égyptienne, éventuellement sous l’égide de son clergé, contre le pouvoir ptolémaïque. En réalité, seule la première, dite la Grande Révolte de Thébaïde, était de cette nature. Elle eut lieu entre 206 et 186 et vit un ou deux Égyptiens, Haronnophris et Chaonnophris, prétendre successivement au titre de pharaon à Thèbes, à un moment où le pouvoir des Ptolémées était peut-être fragilisé par les guerres extérieures et où il tentait d’enraciner son autorité dans un territoire très éloigné d’Alexandrie, notamment en s’ingérant dans la gestion des temples. La rébellion, qui s’étendit jusque dans le Delta, tenta de créer un nouvel État construit sur un ordre ancien et idéalisé, remontant aux derniers rois indigènes du 6e siècle avant notre ère, notamment Ahmôsis II.
La révolte suivante eut lieu dans les années 132-126, mais elle prenait son origine dans les conflits dynastiques qui opposèrent Ptolémée VIII et sa nouvelle épouse Cléopâtre III à Cléopâtre II. À cette occasion, certaines villes de Haute-Égypte prirent fait et cause pour Cléopâtre II, qui tenait Alexandrie. Mais Ptolémée VIII parvint à reprendre le pouvoir.
Enfin, lorsque les Romains s’emparèrent de l’Égypte, en 30 avant notre ère, le nouveau préfet Cornélius Gallus fit également face à une révolte qu’il réprima, en profitant de la situation pour faire une incursion en Basse Nubie. D’après Strabon, ce soulèvement eut lieu pour des raisons fiscales.

La présence grecque en Égypte
Les Grecs étaient présents en Égypte au moins depuis le 7e siècle avant notre ère et la venue de mercenaires grecs sous le règne de Psammétique Ier. Ils s’installèrent sur le site de Naucratis, qui servit de port pour les échanges internationaux avant la fondation d’Alexandrie, et une forte communauté de Grecs et de Cariens hellénisés s’établit à Memphis.
La conquête de l’Égypte par Alexandre le Grand en 332 avant notre ère, la fondation d’une nouvelle capitale et l’instauration d’un pouvoir royal aux mains des Macédoniens firent affluer de nombreuses personnes issues du monde hellénistique. Le nouveau pouvoir développa une administration essentiellement en grec, même si la langue égyptienne continuait à être utilisée pour certains actes, notamment pour les interactions entre Égyptiens. L’élite était donc constituée de Grecs, ou de descendants de Grecs, et d’Égyptiens plus ou moins hellénisés. C’est auprès d’elle que se diffusa la culture grecque, la παιδεία, encouragée par la volonté des premiers Lagides, avec par exemple la fondation du Musée à Alexandrie et une politique agressive d’acquisition de livres pour abonder le fonds de la bibliothèque.
On ne s’étonnera donc pas que Platon, stratège de Thébaïde, écrive en grec aux prêtres de Pathyris, puisque le grec était la langue de communication quotidienne du pouvoir. On ne s’étonnera pas non plus que les personnages mentionnés dans ce document portent des noms grecs. L’un, Πλάτων, n’est pas si fréquent, sans être rare, et renvoie évidemment au philosophe athénien. Quant à Ἱέραξ, il symbolise parfaitement le syncrétisme gréco-égyptien, puisqu’il peut à la fois faire référence à des personnages de la littérature grecque, comme cet amiral spartiate mentionné par Xénophon, à un prince séleucide du 3e siècle avant notre ère, Antiochos Hiérax, et au dieu égyptien Horus, représenté par un faucon. Tels quels, ces noms, de même que Φιλόξενος, très courant, ne nous disent pas si les individus étaient grecs ou égyptiens, surtout à la basse époque ptolémaïque, puisqu’il était courant que des Égyptiens, notamment haut placés, adoptent un nom grec, l’inverse étant moins attesté. Dans ce cas, on choisissait l’un ou l’autre nom selon le contexte. Ce double nom n’était pas obligatoire : dans la lettre P. Bouriant 10, Platon s’adresse au gouverneur du nome Pathyrite, un Égyptien du nom de Nechthyris, moins élevé dans la hiérarchie. Et dans le texte 2, le simple messager Orsès porte un nom égyptien, Wrše, le gardien.
Ce syncrétisme s’observe aussi dans le système de datation des deux lettres. Si, dans les années qui suivirent la conquête d’Alexandre et jusque dans le 3e siècle avant notre ère bien avancé, beaucoup de documents contiennent une double datation selon les calendriers égyptien et macédonien, ce dernier tomba vite en désuétude. Le calendrier égyptien resta en vigueur durant toute l’Antiquité, avec quelques ajustements sous Auguste, et il est encore en usage dans l’Église copte. Les années se comptent à partir de la première année de règne du roi ou du couple royal.
Ouvertures transdisciplinaires
Ce dossier est complexe, mais il peut être étudié à plusieurs niveaux, et en lien avec des thèmes dont on trouve des échos dans l’histoire moderne et dans l’actualité.
Des objets archéologiques d’origine douteuse
Les deux papyrus ont été découverts par hasard au gré de fouilles illégales et mis sur le marché des antiquités aux alentours de 1891, à une époque où les institutions européennes et américaines, mais aussi les savants à titre individuel et les touristes, cherchaient à se constituer des collections, alors que ce marché n’était pas du tout encadré et que les autorités égyptiennes laissaient faire des pratiques illicites. Même si les lois internationales et nationales ont depuis abouti à des règles strictes, le commerce illégal des antiquités reste un problème d’une actualité criante, notamment en raison des conflits à répétition depuis plus de vingt ans au Moyen-Orient.
Des documents d’archives
Malgré leur origine douteuse et l’absence de contexte archéologique documenté, les deux papyrus sont aujourd’hui conservés à l’Institut de papyrologie de la Sorbonne et peuvent être étudiés pour eux-mêmes. Témoins matériels de leur époque, ils permettent d’aborder plusieurs points.
- des mots grecs courants ;
- l’évolution de l’alphabet grec, très proche de nos majuscules d’imprimerie actuelles, mais avec des différences ;
- l’évolution de la forme épistolaire, avec des points communs avec les pratiques romaines et contemporaines ;
- le ton, protocolaire et administratif dans le P. Bouriant 10, plus emphatique dans le P. Bouriant 12 ;
- l’évolution de la matérialité de la lettre, support et pli, très différente de celle d’un courriel.
En tant que documents d’archives dépourvus de contexte, ils demandent à être étudiés avec un regard d’enquêteur, pour traquer tous les indices possibles. Leur grande singularité est de bénéficier du texte de Pausanias, qui leur donne un contexte historique. Mais l’historien se trouve confronté à une difficulté : Pausanias s’intéresse aux grands événements, ou à ce qu’il croit être de grands événements, qu’il présente à grands traits et pour servir son propre propos, alors que nos documents papyrologiques les présentent par le petit bout de la lorgnette, dans le vécu quotidien de quelques acteurs. Confronter les deux est une activité nécessaire, stimulante et potentiellement fructueuse, mais qui peut donner lieu à de grandes variétés d’interprétation, et à de possibles contresens.
Troubles, trahisons et retournements de veste
Les trois documents proposés offrent plusieurs exemples de trahison donnant lieu à des troubles, ou peut-être provoqués par des mouvements de population. On y voit les aspects les plus scabreux d’une lutte pour le pouvoir, comme on peut en trouver dans le monde politique, la presse ou les très grandes entreprises, et que les films et les séries actuels ne se privent pas de mettre en scène en s’inspirant de faits réels.
Mais ils montrent aussi comment les subalternes sont obligés de se positionner lorsque le pouvoir chancelle ou change de main. Notre Platon, visiblement, agit dans le sens du vent qui a tourné, et les prêtres de Pathyris également. En période de troubles, la question de la loyauté et de son destinataire est prégnante, et elle se pose à chaque conflit : comment ont été traités, et comment ont agi, les simples fonctionnaires de l’État sous le régime de Vichy et après la Seconde Guerre mondiale ? Les exemples liés aux conflits actuels sont nombreux.
Intégration, assimilation et questions coloniales
Bien que la thématique soit complexe et délicate à aborder, en raison des risques d’anachronisme, du manque d’informations sur la vie quotidienne dans l’Antiquité et de la partialité de certaines de nos sources, ce dossier donne un aperçu d’un territoire habité en majorité par une population au profil culturel déterminé, et dominé par une population d’origine partiellement extérieure et hellénophone. S’il n’y a apparemment pas dans cet épisode de conflit interethnique, on y voit des profils culturels variés : les rois sont d’origine macédonienne, et sans doute assez peu mélangée ; l’élite supérieure peut être d’origine grecque, ou bien égyptienne hellénisée, Philoxénos, Platon, Hiérax, ou non hellénisée, comme peut-être les prêtres de Pathyris ; l’élite inférieure et les subalternes sont d’origine égyptienne, Nechthyris, Orsès.
La famille
La famille des Lagides n’est pas franchement ce qu’on appellerait une famille traditionnelle. Elle tient plutôt de la famille recomposée, avec des aspects que l’on qualifierait aujourd’hui de dysfonctionnels, comme l’inceste, rituel plus que réel, et la présence de concubines. Mais dans l’image qu’en donne Pausanias, on y retrouve aussi tout ce qui en fait une famille ordinaire, comme on en trouverait autour de soi, mais vue dans ses aspects les plus négatifs, allant parfois jusqu’au pire : rivalités entre frères, rôle des parents, préférence maternelle. Au contraire, dans la seconde lettre, si le terme ἀδελφός signifie bien « frère », on a un exemple discret d’entraide fraternelle.
Annexes
Les éditions de papyrus suivent un ensemble de conventions typographiques, dit système de Leyde, qui permet de distinguer ce que porte le document de ce que l’éditeur restitue.
- α̣ : lettre incertaine
- . : lettre présente mais non reconnaissable
- [αα] : lacune dans le papyrus, restituée
- [. .] : lacune dans le papyrus, dont seul le nombre de lettres est restitué
- ( ) : abréviation développée
L’année comprend douze mois de trente jours, auxquels s’ajoutent cinq jours supplémentaires dits épagomènes, soit 365 jours. Le calendrier est d’abord lunaire, si bien que le début de l’année, fixé au 1er Thôth, se décale. À partir de la réforme julienne, un cycle de quatre ans met les mois en accord avec le rythme solaire, avec l’ajout d’un sixième jour supplémentaire tous les quatre ans, à la fin de l’année égyptienne qui précède l’année bissextile romaine. L’année commence alors le 29 août.
Les jours sont désignés au moyen de l’adjectif numéral ordinal, accordé avec ἡμέρα, généralement omis.
Les équivalences données ci-dessous ne sont valables qu’à partir de la période romaine et de la réforme du calendrier, pour les années non bissextiles. En 88 avant notre ère, le 1er Thôth tomba un 14 septembre. Le 1er Thôth marque aussi le début de l’année régnale.
- Θώθ, Thôth : 29 août au 27 septembre
- Φαῶφι, Phaôphi : 28 septembre au 27 octobre
- Ἁθύρ, Hathyr : 28 octobre au 26 novembre
- Χοιάκ, Choiak : 27 novembre au 26 décembre
- Τῦβι, Tybi : 27 décembre au 25 janvier
- Μεχείρ, Mécheir : 26 janvier au 24 février
- Φαμενώθ, Phaménôth : 25 février au 26 mars
- Φαρμοῦθι, Pharmouthi : 27 mars au 25 avril
- Παχών, Pachôn : 26 avril au 25 mai
- Παῦνι, Payni : 26 mai au 24 juin
- Ἐπείφ, Épeiph : 25 juin au 24 juillet
- Μεσορή, Mésorè : 25 juillet au 23 août
- αἱ ἐπαγόμεναι, les jours épagomènes : 24 au 28 ou 29 août
Toutes les dates s’entendent avant notre ère. Chronologie établie d’après Anne-Emmanuelle Veïsse.
- 206-186 : Grande Révolte de la Thébaïde, pour introniser un pharaon égyptien contre la domination ptolémaïque.
- 130 : guerre civile entre Ptolémée VIII et Cléopâtre II, entraînant une répression en Thébaïde, dont certaines villes soutenaient cette dernière.
- 116 : Ptolémée IX Sôter II arrive au pouvoir avec Cléopâtre III.
- 114 : Ptolémée X devient roi de Chypre.
- septembre 107 : Ptolémée IX Sôter II est chassé du pouvoir au profit de Ptolémée X Alexandre.
- 103-101 : guerre des Sceptres, conflit syro-judéo-égyptien ; intervention de Cléopâtre III dans les affaires de Syrie et première tentative de Ptolémée IX de reprendre le pouvoir.
- septembre 101 : mort de Cléopâtre III. Ptolémée X règne avec son épouse Cléopâtre Bérénice III.
- vers 96 ou 95 : deuxième tentative de Ptolémée IX de reprendre le pouvoir.
- début 88 : troisième tentative de Ptolémée IX de reprendre le pouvoir.
- 28 mars 88 : lettre de Platon à Nechthyris, texte 1. Troubles en Thébaïde de la part des partisans de Ptolémée IX.
- printemps 88 : fuite de Ptolémée X et ambassade des Alexandrins auprès de Ptolémée IX.
- août 88 : Ptolémée IX reconnu roi à Memphis, au plus tard.
- septembre 88 : Ptolémée IX reconnu roi en Thébaïde. Troubles en Thébaïde de la part des partisans de Ptolémée X.
- 1er novembre 88 : lettre de Platon aux habitants de Pathyris, texte 2. Début de la campagne de répression de Ptolémée IX, sous les ordres de Hiérax.
- 88 ou 87 : mort de Ptolémée X dans un combat naval.
- avant septembre 87 : fin de la révolte de Thébaïde.
Évergète II ou la parabole des épis (Pascal Charvet)
Dans sa Périégèse, Pausanias tire parti des informations qui lui ont été fournies sur le conflit qui opposa Ptolémée IX Sôter II à Ptolémée X Alexandre. Tous deux étaient respectivement le fils aîné et le fils cadet de Ptolémée VIII Évergète II Tryphon, le Luxuriant, surnommé aussi Physcon, le Ventru, et de sa nièce Cléopâtre III, fille de son frère Ptolémée VI Philomètôr, mort en 150 avant notre ère, et de Cléopâtre II, sœur d’Évergète II et de Philomètôr.
La complexité de ces liens familiaux rend difficile de cerner les acteurs clefs de ce conflit et leur rôle. De plus, le récit de Pausanias, écrit deux siècles et demi plus tard, est largement influencé par la propagande romaine hostile aux Lagides. Pourtant, croisé avec les renseignements donnés par les papyrus, il permet de mettre en lumière les enjeux de ce qui fut un combat sans merci pour le pouvoir. Deux personnages s’y distinguent nettement des autres.
Évergète II et Cléopâtre III
Évergète II mourut à quatre-vingt-deux ans dans son lit, après avoir mis à mort non seulement tous les enfants que sa sœur Cléopâtre II avait eus avec son frère Philomètôr, mais aussi tous ceux qu’il avait lui-même eus avec elle, puisqu’elle fut sa première femme. Ainsi le jeune Ptolémée Memphitès, né à Memphis, fut renvoyé à sa mère découpé en morceaux, pour son anniversaire. Évergète II souhaitait, par l’élimination du jeune garçon, éviter de fournir aux Alexandrins une occasion de le détrôner. Il laissa pourtant en vie deux enfants, sous la coupe de leur mère, sa seconde femme Cléopâtre III.
Celle-ci, nièce d’Évergète II, choisit de prendre la place de sa mère Cléopâtre II auprès de son oncle, en se laissant séduire par lui. Cléopâtre II, de son côté, avait la faveur des Alexandrins et des Juifs, tandis qu’Évergète II, qui avait emmené Cléopâtre III à Chypre lorsqu’il avait été écarté du pouvoir, avait parié sur le clergé égyptien. Ce clergé, sans être d’un antisémitisme affirmé, n’avait guère d’affection pour les Juifs, alors que Philomètôr et Cléopâtre II étaient philosémites. On sait que, vers la fin du règne de Philomètôr, apparaît la première preuve papyrologique d’un antisémitisme déclaré.

Quand Cléopâtre III prit enfin les rênes du pouvoir, à la mort d’Évergète II en 116 avant notre ère, elle sembla triompher, travaillant à opposer ses deux fils, Ptolémée X Alexandre et Ptolémée IX Sôter II, pour conserver le pouvoir. Mais c’était sans compter sur les Alexandrins, qui finirent par prendre position contre elle. Elle échoua à imposer son fils cadet, plus docile, et Sôter II réussit à reprendre l’initiative pour un temps.
Cléopâtre n’hésita pas alors, selon Pausanias, à faire blesser, voire mutiler les eunuques du palais, en rejetant la responsabilité du crime sur Sôter II, qui échappa de peu à la colère des Alexandrins. Le groupe des eunuques jouait en effet un rôle crucial à l’intérieur du palais, en particulier dans l’entourage de la famille royale. Ils étaient les pères nourriciers des souverains et des enfants royaux, chargés de leur première éducation. Choisis très tôt et sans famille propre, ils étaient d’une remarquable fidélité à leurs maîtres. S’attaquer à eux, qui avaient sur les monarques une forte influence, était considéré comme une faute impardonnable. Ptolémée Sôter II fut contraint de se réfugier en Syrie.
Le clergé égyptien semble être demeuré favorable à Cléopâtre III et à Ptolémée X Alexandre, comme il l’avait été à Évergète II, si bien que les Thébains se révoltèrent contre Sôter II, comme ils l’avaient fait sous les règnes de Ptolémée III Évergète et de Ptolémée IV Philopator. Sous ces deux règnes, le conflit s’était finalement figé. Ptolémée Sôter II mit, quant à lui, un terme définitif au souhait d’indépendance du Sud thébain.
La leçon de Thrasybule
Évergète II n’eut pas le monopole de la violence au sein de la dynastie lagide, et même s’il fut, semble-t-il, un bon administrateur du royaume, il dépassa les limites extrêmes du crime. Sa femme et nièce Cléopâtre III paraît avoir suivi un chemin similaire, si l’on en croit Pausanias. On ne peut manquer, à leur sujet, d’évoquer la leçon sur le pouvoir dans les tyrannies, délivrée au fameux tyran de Corinthe Périandre par Thrasybule, tyran de Milet.
Selon Hérodote, les deux tyrans échangèrent par l’intermédiaire d’un messager. Thrasybule emmena le messager de Périandre dans un champ de blé, hors de la ville de Milet, et se mit à couper les plus grands et les meilleurs épis, ceux qui dépassaient les autres. Puis il les jeta. Le messager ne comprit guère le sens de ce geste, mais il rapporta à Périandre ce qu’il avait vu. Périandre, lui, comprit la signification de la parabole des épis : pour continuer à régner, il devait éliminer les Corinthiens les plus en vue, et écarter ainsi ceux qui seraient à même de s’en prendre à lui.
Une tradition qui traverse les siècles

Ptolémée Évergète II se débarrassa de la même manière de sa descendance, comme plus tard Octave, qui fit mettre à mort Césarion, le jeune fils de César et de Cléopâtre, ainsi qu’Antyllus, le fils de Marc-Antoine et de Fulvie.
La tradition des meurtres intrafamiliaux s’est perpétuée dans l’Empire ottoman : Mehmed II, qui conquit Constantinople en 1453, codifia la loi qui autorisait le sultan à tuer ses frères ou ses fils pour assurer la stabilité du régime.
Aujourd’hui, si l’élimination de rivaux politiques par des dictateurs, fussent-ils des compagnons d’armes, ne surprend guère, Staline en ayant donné de terribles exemples, il est plus rare de les voir s’en prendre à leur propre famille, tel Mussolini qui refusa de signer la grâce de son gendre, le comte Ciano.
Aujourd’hui encore, les assassinats multipliés d’un Évergète II, en proie à une froide logique criminelle, peuvent devenir l’objet d’une fascination mortifère, par leur double nature d’interdit moral absolu et de pulsion primaire.
- stratège en Thébaïde : gouverneur civil et parfois militaire ayant autorité sur toute la région (parfois nommé aussi épistratège) ↩︎
- épistate : en Thébaïde, gouverneur d’un nome* ↩︎
- Memphis : capitale religieuse égyptienne, ancienne capitale des pharaons avant la fondation d’Alexandrie ↩︎
- Thébaïde : région regroupant plusieurs nomes* de Haute-Égypte ↩︎
- scriptio continua fait d’écrire en ne ménageant aucun espace entre les mots ↩︎
- eisthesis : indentation du texte ↩︎
- paragraphos : trait horizontal séparant un texte en plusieurs parties ↩︎
- apex : empattement supérieur d’une lettre ↩︎
- ligature : fusion de plusieurs lettres partageant au moins un trait commun. Une fausse ligature ajoute un trait entre deux lettres sans qu’il soit réellement relié à elles ↩︎
- filler : prolongation d’un trait jusqu’à une fin de ligne pour la remplir ↩︎
- nome : district administratif, nommé d’après son chef-lieu ↩︎
Humanités dans le texte reçoit Benoît Laudenbach, maître de conférences en langue, littérature et papyrologie grecque à Sorbonne Université et directeur de l’Institut de Papyrologie. Il nous emmène en Haute-Egypte, en 88 avant notre ère, à un moment où le pays est en proie aux querelles dynastiques qui opposent Ptolémée X Alexandre à son frère aîné Ptolémée IX Sôter II. Pour comprendre cet évènement, Benoît Laudenbach confronte le témoignage du gouverneur de la région de Thébaïde à l’époque des faits – un certain Platon dont on a conservé les lettres sur papyrus – et le récit de Pausanias, écrivain-voyageur du IIe siècle, qui fournit une description des mêmes évènements dans son fameux ouvrage, la Périégèse de la Grèce.
Animation, réalisation et publication : Emile Gayoso.
Responsable scientifique : Anca Dan.
Exposé donné par Benoît Laudenbach (Maître de conférences en langue, littérature et papyrologie grecque à Sorbonne Université, Directeur de l’Institut de papyrologie de la Sorbonne)









